ARECMO

Accueil > 90.archives des voyages > POLOGNE, Septembre -Octobre 2015 > Mardi 29 septembre 2015 : Cracovie

Mardi 29 septembre 2015 : Cracovie

lundi 9 novembre 2015, par Yvette Prigent

Mardi 29 septembre 2015

Nous commençons la visite de la ville par la colline de Wavel qui domine Cracovie et joue un peu le rôle de l’Acropole d’Athènes, du Capitole de Rome ou du Kremlin à Moscou. C’est un lieu qui rassemble un groupe de bâtiments importants, en particulier le château royal et la cathédrale que nous allons visiter ce matin.

Il rassemble plusieurs styles architecturaux que l’on doit à son histoire. Le château est la résidence des souverains de Pologne dès le milieu du XIe siècle et le premier construit dans le style roman. Au cours du XIVe siècle, le dernier monarque de la dynastie des Piast, Casimir III le Grand le transforma en une imposante forteresse gothique qui brula en 1499. La troisième construction résulte de la volonté du roi Sigismond 1er le Vieux qui confia à des architectes italiens la réalisation du palais Renaissance, qu’on peut voir aujourd’hui.

Nous entrons dans l’enceinte de l’édifice par la porte Bernardynska.

et c’est avec beaucoup d’intérêt et d’attention que nous écoutons notre guide.

Le palais est un ensemble de plusieurs ailes encadrant une cour intérieure. Il y a deux niveaux de loggias à arcades.

La grande hauteur des salles du deuxième étage et un avant-toit à la place des arcades ont imposé la nécessité d’augmenter la hauteur des colonnes. Sous l’avant-toit est peinte une frise représentant les bustes des empereurs romains

JPEG - 170.7 ko

Au XVIe siècle, le château obéissait à l’organisation suivante : au rez-de-chaussée on trouvait le trésor de la Couronne et l’intendance, au premier étage les appartements privés du roi tandis qu’au second étaient situées les salles d’apparat et de cérémonie.
A l’intérieur les photos sont interdites, même sans flash.
Nous visitons de nombreuses salles.

Ce qui retient l’attention c’est la collection de tapisseries des Flandres, multicolores, brochées d’or et d’argent et surtout leur histoire. Acquises par Sigismond Auguste, au nombre de 350, elles ont été exécutées dans les meilleurs ateliers de Bruxelles.
Dessinées par les peintres Willem Tons et Michiel Van Coxcie, cette collection se divise en trois groupes. Le premier, le plus imposant, représente les scènes de la Bible : Adam et Eve dans le jardin d’Eden, l’histoire de Noé, la construction de la Tour de Babel. Le second groupe comprend des tapisseries ornées de verdure, de paysages avec des animaux. Il y a enfin celles qui sont destinées à être accrochées au-dessus des portes. Toutes ces œuvres étaient faites aux mesures des salles qu’elles décoraient.

Ces tapisseries ont attisé la convoitise de Catherine II qui les a emportées en Russie en 1796. Le traité de Riga de 1920 permit à la Pologne de récupérer 136 d’entre elles. Pendant la deuxième guerre mondiale, le château fut évacué. Les toiles furent transférées à Bucarest, puis Constantinople. En janvier 1940 elles arrivent à Marseille pour être mises en sécurité à Aubusson. Transférées à Bordeaux, elles transitent vers l’Angleterre puis sont évacuées au Canada. Elles seront rendues à la Pologne communiste en 1962.

Une autre salle retient l’attention : la salle des Députés. Sa particularité réside dans un remarquable plafond à caissons comportant des têtes sculptées en bois. Sur les 194 têtes d’origine, il n’en subsiste que trente.

Après la visite du château, direction la cathédrale de Wawel.

C’est la troisième cathédrale érigée à cet endroit. Celle que nous voyons aujourd’hui a été construite dans le style gothique au début du XIVe siècle. Des chapelles ont été ajoutées à la construction initiale et les différences de styles peuvent se voir de l’extérieur, surmontées de coupoles de cuivrées ou dorées, elles renferment chacune des tombeaux royaux.

Cette cathédrale a joué le rôle d’église royale. Elle était le lieu de beaucoup de couronnements et de repos éternel pour beaucoup de souverains polonais.

Passé le porche, on voit des ossements de dragon suspendus à de lourdes chaines visant à écarter les forces maléfiques.

A l’intérieur les photos sont aussi interdites.
Dans la nef centrale, sur l’autel du fond, le sarcophage en argent de Saint Stanislas. De chaque côté de la nef, les sarcophages en pierres rouges des rois Ladislas II Jagellon et de son fils Ladislas de Varna.

Après la visite nous descendons la petite colline de Wawel, en direction de la vieille ville de Cracovie. Sur le mur des remparts des briques dont certaines comportent des inscriptions, en général des noms de personnes, parfois des noms de villes ou d’entreprises.

Il s’agit de personnes ou d’institutions, qui au début du XXe siècle ont participé au financement de la rénovation de la colline de Wawel.

On peut aussi voir la statue équestre de Tadeusz Kosciuszko, un militaire, qui après avoir participé à la guerre d’indépendance des Etats Unis entre 1776 et 1783, prit la tête de l’insurrection polonaise contre l’occupant russe.

Au pied de la colline, nous prenons la rue Kanonicza, rue dans laquelle on voit la maison où a vécu Jean-Paul II lorsqu’il était évêque de Cracovie.

En face l’hôtel Copernicus qui présente un exemple de restauration réussie.

Puis direction place Sainte Marie Madeleine avec l’église Saint Pierre et Saint Paul et sa façade creusée de niches abritant des statues de saints.

L’église est entourée d’une balustrade surmontée des représentations des 12 apôtres. Les statues originelles, rongées par la pollution sont remplacées par des copies.

A un angle de la place, l’église Saint André.
Bâtie entre 1079 et 1098, elle constitue l’un des édifices romans les mieux conservés de Pologne.
Sur la façade on peut voir plusieurs fenêtres étroites qui traduisent la vocation défensive de cette église-forteresse. Unique bâtiment de la ville a soutenir l’assaut tatar en 1241, elle servit également de refuge à la population lors d’un grand incendie en 1259.

La façade est surmontée de deux belles tours octogonales surmontées de coupoles baroques.

Sur cette même place la statue du prêtre jésuite Piotr Skarga, ancien prédicateur de la cour de Cracovie

près de laquelle un violoniste nous offre une sérénade.

La vieille ville de Cracovie se visite aussi en calèches.

Nos pas nous dirigent vers la grande place du marché. Centre de la vie religieuse économique et politique de la Cracovie médiévale, le Rynek reste encore un centre touristique important. Nous en avons un aperçu rapide avant d’aller déjeuner.

En début d’après midi, retour au RyneK. C’est une place de 200 m de côté dont la création date de 1257.

Dans un des angles de la place, le beffroi de l’hôtel de ville. Cette tour imposante de 70 m de haut est tout ce qui subsiste de l’ancienne mairie médiévale du XIVe siècle, démolie en 1820.

Non loin de là, la halle aux Draps bâtie à la fin du XIVe siècle qui fut détruite par un incendie en 1555. Reconstruite dans le style Renaissance, elle abrite aujourd’hui des petits commerces d’artisanat, ainsi que deux musées.

Dans le coin opposé, l’église Notre Dame. Dédiée à l’Assomption de la Vierge, elle est la troisième du nom à avoir été bâtie sur cet emplacement. Elle a été reconstruite entre 1355 et 1408 en style gothique. Plusieurs anecdotes concernent ses tours dissymétriques, celle de gauche (81 m) dominant celle de droite (69 m). Selon l’une d’elles, deux frères architectes auraient rivalisé pour leur construction, jusqu’à ce que l’assassinat de l’un par l’autre ne mette un coup d’arrêt à leur construction. Le fratricide fut exécuté le lendemain, mais aucun architecte n’accepta de terminer l’autre tour.

La tour de droite ou tour des Cloches a toujours fait office de beffroi municipal, tandis que la tour de gauche servait de tour de guet. Cette dernière fut surmontée en 1478 d’une coupole gothique composée de 16 clochetons entourant une haute flèche centrale, enchâssée par une couronne dorée de 350 kg et terminée par une boule également dorée.

A l’intérieur, dans la nef très sombre, se détache l’autel principal et son retable que l’on doit à Veit Stoss.

L’ouverture des volets a lieu tous les jours à 11h50.

Réalisé entre 1477 et 1489, ce vaste retable de 13 m de haut sur 11 m de large constitue l’un des plus grands maîtres-autels gothiques du genre. Orné de près de 200 personnages, il représente essentiellement des scènes de la vie de la Vierge. Au centre, la scène principale représente la Dormition de la Vierge.

Chancelante elle est soutenue par Saint Jacques et entourée des apôtres. Au dessus d’eux, en miniature, la scène de l’Assomption où huit anges élèvent Marie, accompagnée par le Christ vers le ciel

Des panneaux latéraux représentent six scènes heureuses de la vie de la Vierge.

A la veille de la seconde guerre mondiale, ce précieux retable fut démonté en août 1939 pour être caché. Retrouvé par les Allemands, il prit la direction du château de Nuremberg, dans les caves duquel il fut découvert à la fin de la guerre. Il fut rapporté à Cracovie en 1946, et on le confina dans les réserves du château de Wawel, d’où il ne ressortit qu’en 1957 pour réintégrer son emplacement initial dans le chœur de l’église.
Les murs de la nef sont décorés de peintures.

Le plafond est aussi magnifique,

ainsi que la chaire

Nous nous dirigeons ensuite vers le musée qui a été installé dans l’ancienne usine d’Oskar Schindler. Pendant le trajet, Pavel nous raconte l’histoire de ces juifs de Cracovie qui étaient au nombre de 64 000 avant la guerre. Dès l’invasion allemande en septembre 1939, certains juifs quittent la ville. En mars 1941, il en reste encore 17 000. Les allemands décident alors de leur réserver un quartier spécial dans lequel ils se retrouvent à 17 000 sur une zone occupée précédemment par 5500 polonais et le 20 mars 1941 débute le ghetto de Cracovie. Chacun dispose de 2 m2 pour vivre. A l’intérieur la vie s’organise. La surpopulation entraine un trafic de nourriture. Mais petit à petit les allemands déplacent les juifs et les emmènent au camp d’extermination de Belzec.
Le 13 mars 1943 le ghetto est liquidé et les juifs qui ont survécu sont déportés vers le camp de concentration de Plaszow.
En 1939, un industriel allemand, membre du parti nazi, Oskar Schindler arrive à Cracovie dans les pas des armées du Reich envahissant la Pologne. Grâce à ses relations et au travail obligatoire des Juifs, son usine de batterie de cuisine en émail fait rapidement sa fortune. Mais ce personnage jusque-là opportuniste est interpellé par le sort de la communauté juive. Falsifiant les registres de ses employés, avec l’aide et la complicité de son comptable Isaac Stern, il parvint à en soustraire près de 1200 à l’enfer des camps de Plaszow et d’Auschwitz. Déclaré « Juste des nations » en 1962, il meurt en 1974 et est enterré en Israël au cimetière chrétien du mont Sion à Jérusalem.

C’est dans son ancienne usine qu’a été installé le musée qui relate la vie des juifs de Cracovie pendant l’occupation.

Ce musée nous présente dans un ordre chronologique les heures sombres et aussi les moments héroïques de cette période.
Dans la première salle nous sommes invités à regarder un film d’époque, pris avant l’invasion de la Pologne par l’Allemagne. Il montre la vie paisible des juifs, les jeux des enfants dans la ville de Cracovie, avant l’arrivée des Allemands.

Puis petit à petit on découvre l’invasion de l’armée allemande avec tout ce qui s’en suit. Affiches d’époque, reconstitution d’appartements, de tramways, de commerces, de rues entières. On remonte le fil de l’Histoire en se promenant dans la ville de Cracovie occupée.
L’arrivée de livres en allemand est figurée par une librairie. On y parle de l’annexion de la Pologne et de la politique nazie qui modifiait le nom des rues : le Rynek est rebaptisé « Adolph Hitler Platz ». De décor en décor on comprend l’omniprésence d’une occupation allemande qui travaillait ardemment à gommer l’identité polonaise.

A côté de cela on voit aussi l’indifférence des habitants qui n’étaient pas victimes de l’occupation nazie, ce qui était souvent pire que l’hostilité. Ceci est figuré par des intérieurs reconstitués, mais séparés du reste du monde par une vitre. Chacun ses problèmes, la vie continue. Un constat encore tristement contemporain.

Dans cette indifférence, une belle histoire, celle de Tadeusz Pankiewicz, ce pharmacien qui fut le seul polonais non juif du ghetto. Il jouait le rôle de contact avec l’extérieur et passait en fraude nourriture et médicaments. De 1941 à 1943, l’intelligentsia juive se retrouvait chez lui.

Nous le voyons sur cette photo sur le pas de la porte de sa pharmacie. Nous verrons cette maison lors d’une visite de la place centrale du ghetto.

Au cours de la visite nous passons dans le bureau d’Oskar Schindler qui, miraculeusement, est resté pratiquement intact, avec son bureau d´origine et la carte qu´il utilisait pour marquer les avancées de l´occupation allemande.

Ensuite Pavel nous emmène vers la place qui autrefois faisait partie du ghetto et sur laquelle on a mis 64 chaises de bronze pour figurer les 64 000 juifs polonais qui vivaient à Cracovie avant la guerre, 1 chaise pour 1000 juifs.

Sur cette place la pharmacie de Tadeusz Pankiewicz, transformée maintenant en musée.

Notre journée se termine. Retour à l’hôtel pour notre deuxième nuit à Cracovie.
Demain matin nous allons visiter la mine de sel de Wieliczka et l’après midi les camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz et de Birkenau.