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Mercredi 30 septembre : Wieliczka et Auschwitz

lundi 9 novembre 2015, par Yvette Prigent

Mercredi 30 septembre 2015

Ce matin nous allons visiter l’ancienne mine de sel de Wieliczka. A cet endroit on a exploité le sel gemme depuis le Moyen Age jusqu’en 1996. Avant que les gisements aient été trouvés, le sel était obtenu par le saunage des sources salines. A mesure que celles-ci s’épuisaient, on cherchait la saumure au fond de la terre, en creusant des puits de plus en plus profonds.
De son origine jusqu’en 1772 la mine de Wieliczka fut la propriété d’abord des princes puis ensuite des rois. Entre 1772 et 1918 les salines étaient gérées par les autorités autrichiennes. Après que la Pologne eût recouvré son indépendance, elles deviennent la propriété de l’état.
De renommée mondiale, la mine fut visitée déjà au XVe siècle. Depuis 1978 est elle inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Pour la visite nous prenons l’itinéraire touristique. Il se compose de différentes chambres reliées par des galeries longues d’environ 3 kms au total, situées à proximité d’un puits central qui permet d’accéder aux différents niveaux.

Le puits par lequel nous entrons dans la mine a été construit entre 1635 et 1640.

Il joint aujourd’hui la surface au niveau VI de la mine, à environ 243 m de profondeur. Il se compose de deux compartiments : le premier renferme un escalier que nous allons emprunter, et le deuxième un monte-charge.

Pour passer de la surface au niveau I, à 64 m de profondeur, nous descendons 378 marches.

Dès l’approche nous sommes impressionnés par le lieu. Nous sommes dans des galeries dont les murs, les plafonds ainsi que le sol sont en sel.
Par endroits il a fallu étayer à l’aide de gros troncs de mélèzes.
Au cours de notre promenade dans les profondeurs nous allons visiter un certain nombre de chambres.
L’une des premières : la chambre Nicolas Copernic (1473-1543)
C’est l’éminent astronome polonais qui en 1493 aurait visité la mine en tant qu’étudiant de l’Académie de Cracovie (aujourd’hui l’Université Jagellon).
Dans la partie centrale on a installé la statue du savant pour commémorer le cinq-centième anniversaire de sa naissance. Elle a été sculptée dans un bloc de sel en 1973 par Wladyslaw Hapek.

A suivre la chambre Janowice

En 1967, six statues, grandeur nature, sculptées dans le sel par Mieczyslaw Kluzek, y ont été installées. Elles illustrent une légende qui raconte l’histoire de la découverte du sel gemme en Pologne.
Au milieu du XIIIe siècle, en Petite Pologne, selon la légende, Kinga, fille du roi de Hongrie, reçut en dot une des mines de sel dans laquelle elle avait jeté sa bague de fiançailles.

La bague parvint miraculeusement à Wieliczka avec les gisements de sel gemme. Arrivée en Pologne la princesse fit creuser un puits à l’endroit qu’elle avait indiqué. Les mineurs, sur son ordre, se mirent au travail et dans la première motte de sel ils trouvèrent la bague de fiançailles. Depuis ce moment, en Pologne, il y a du sel à profusion.

Puis la chambre brûlée

Dans cette chambre la figure des mineurs sculptée en 1972 par Mieczyslaw Kluzek, mineur lui aussi, montrent le danger causé par le méthane, gaz plus léger que l’air et qui s’accumule sous le plafond des salles. Il forme un mélange avec l’air qui explose au contact du feu.
Ce gaz, dangereux pour la vie des hommes, était éliminé par brûlage.

Les mineurs experts, appelés pénitents, s’en occupaient. Vêtus de haillons mouillés, tenant des flambeaux plantés sur de longues perches, ils rampaient sur les parties supérieures du chantier. Beaucoup d’entre eux y perdaient la vie.

Nous passons ensuite dans la chambre Sielec.

Dans cette salle sont exposés des dispositifs de transport du sel. Des charrettes en bois étaient poussées sur des rails à mains d’hommes.

A partir du XVIe siècle, les chevaux furent utilisés.

Ils pouvaient rester plusieurs mois dans la mine sans voir la lumière du jour. Le dernier cheval a quitté le site en 2002.

La chambre de Casimir-le-Grand.

On l’a appelée chambre de Casimir le Grand en 1968, l’année du 600e anniversaire de la ratification du statut des mines de sel par le roi. Un administrateur surveillait en son nom l’extraction et la vente du sel. Celui-ci était très cher parce qu’il était employé non seulement pour assaisonner les mets, mais aussi pour conserver les aliments. Grâce à cet argent , au cours de plusieurs siècles, on finança la construction de maisons, de châteaux, de nombreuses églises et couvents.
Le buste du roi Casimir le Grand a été sculpté par Wladyslaw Hapek en 1968.

Dans cette chambre, une maquette explique le fonctionnement d’un manège à cheval qui servait à faire monter le sel des niveaux inférieurs aux supérieurs.

Dans la galerie suivante nous voyons la maquette d’un hameau néolithique (5500-3500 av. J.-C.). On y voit les bâtiments, les champs cultivés, des enclos pour des bêtes.

A l’époque on se procurait le sel en faisant évaporer l’eau de la saumure de surface.

Nous passons dans la chambre Pieskowa Skala

C’est une vaste salle que nous traversons en descendant les nombreuses marches d’un escalier. Elle permet de passer de 65 m à 90 m sous terre.

Au bas de cette chambre sont conservés des tuyaux de bois authentiques, ayant servi à faire passer les eaux souterraines jusqu’à des réservoirs spéciaux.

Cette eau était ensuite remontée à la surface.

Un peu plus loin une petite salle avec des figurines de nains. Elles représentent d’anciens mineurs et les métiers liés à la mine. Les nains sont pris pour de bons petits génies qui gardent le trésor du sel et aident les mineurs de Wieliczka

Nous arrivons ensuite à l’une des chapelles de la mine : la chapelle de la Saint Croix

Elle est décorée d’objets venant de différents lieux de culte. Au centre de l’autel se trouve une sculpture en bois du XIXe siècle représentant le Christ en croix.

En face, une statue polychrome de Notre Dame de la Victoire.

La chapelle est éclairée par un lustre en bois, orné de cristaux de sel.

La salle qui suit nous laisse sans voix. C’est une chapelle dédiée à Saint Kinga qui fut duchesse de Cracovie au XIIIe siècle avant de finir sa vie dans un couvent de Clarisses. Longue de 54 m, large de 15 à 18 m, haute de 10 à 12 m, on y accède par un escalier. Au cours de la descente on peut admirer la magnificence du sanctuaire.

Le début de la construction date de 1895 et la décoration s’échelonna pendant près de 70 ans, jusqu’en 1963. Les sculptures sont les œuvres de mineurs-sculpteurs.
L’un d’entre eux, Jozef Markowski fut le principal exécutant des travaux d’architecture et de sculpture dans cette chapelle. Le maître-autel est son œuvre.

Au dessus de l’autel, au fond de l’oratoire, une statue de Sainte Kinga sculptée dans le sel. Dans les niches latérales, entre deux colonnes, se trouvent les statues de Saint Joseph à gauche et de Saint Clément à droite.
Dans le chœur de la chapelle on a installé une table de sel. Dans la partie frontale se trouve une niche dans laquelle ont été placées les reliques de Sainte Kinga.

On a aussi exécuté une petite chaire de la Parole de Dieu à droite. A gauche on peut voir des stalles et la croix papale.
Sur les parois latérales, une série de bas-reliefs complètent la décoration.

En route vers Bethléem,

la Crèche de Noël

Les noces de Cana

et la Cène

Des oratoires ont été creusés dans les parois, comme celui de Notre Dame.

L’éclairage est assuré par des lustres sculptés dans le sel.

Des statues plus récentes ont vu le jour. Celle de Jean-Paul II par exemple.

Cette chapelle, galerie de l’art du sel et lieu de concerts, est aussi un sanctuaire où le culte catholique est pratiqué. Les messes y sont célébrées à l’occasion d’événements exceptionnels, ainsi que le 24 juillet (fête de Sainte Kinga), le 4 décembre (fête de Sainte Barbe, patronne des mineurs), le 24 décembre (la messe de minuit), et plus régulièrement chaque dimanche matin.
Pour garder le souvenir de notre visite dans cette chapelle, nous y avons fait une photo de groupe.

A suivre la chambre Michalowice, impressionnante par sa hauteur d’environ 35 m.
Ses dimensions hors normes ont nécessité des piliers en bois et des briques de sel pour consolider l’édifice. On a utilisé des rondins de dimensions étonnantes.

Puis nous faisons un arrêt dans la chambre Drozdowice.

On peut encore y admirer une magnifique charpente,

ainsi qu’une sculpture représentant deux charpentiers-mineurs

Nous sommes à présent à 110 m de profondeur, à l’entrée de la chambre Weimar et salués par Johann Wolfgang Goethe, statue exécutée en 2001. En 1790 Goethe accompagna le prince de Weimar pendant sa visite dans la mine.

Nous entrons dans cette salle pour un court instant. Le temps de voir ce petit lac créé quand le fond de la chambre a été submergé par la saumure.
Nous l’admirons au son d’un air de musique classique.

Nous descendons ensuite dans la chambre Jozef Pilsudski, ce chef d’état polonais qui a visité la mine en 1919. Le fond de la salle est rempli de saumure et on peut voir un tunnel qui la relie à une autre salle.

Il y a là une statue de Saint Jean Népomucène, le patron des noyés.

Une halte dans une chambre encore très haute de plafond, et un peu plus loin une salle servant de restaurant.

Nous terminons notre visite par la chapelle Saint Jean.

C’est une belle salle dont la voûte, enfoncée dans la paroi de sel, est décorée d’une peinture polychrome qui représente la Sainte Trinité. Sur l’un des côtés, un vitrail représentant Jean Paul II.

Nous arrivons au terme de notre visite souterraine. Pour regagner la surface nous montons dans des cabines où il y a place pour 9 personnes et qui, à la vitesse de 4m/s, nous ramènent à la lumière et à l’air libre. Une visite surprenante dans les entrailles de la terre où pendant des décennies des mineurs, devenus sculpteurs, ont voulu témoigner de leur travail et de l’histoire de leur pays.

Sur le site a été créé aussi un établissement de cure. Il exerce ses activités dans les excavations salines en profitant d’un microclimat unique : l’air y est libre de toute pollution, tout allergène et rayonnement nocif, riche en microéléments, possède une température stable et une haute humidité.

Avant d’aller déjeuner notre guide Pavel nous mène sur l’avenue Jean Paul II, entre le puits que nous venons de quitter et le centre de la ville,

en passant par le château et les vestiges des anciennes fortifications.

Wieliczka est fière de sa mine de sel et sur la place principale les sculptures rappellent cette activité.

Nous déjeunons dans un restaurant de la ville avant de prendre la direction d’Auschwitz.

Cet après-midi nous allons découvrir les camps d’Auschwitz et Birkenau.
Rien ne destinait la petite ville provinciale d’Oswiecim à devenir synonyme de la barbarie nazie et symbole de l’Holocauste.

Dans le bus Pavel nous parle avec beaucoup d’émotion de ces heures sombres de leur histoire. Je livre pèle mêle ses propos

Avant d’arriver sur les lieux il nous décrypte des noms dont on nous parlera dans le camp :
Kanada. C’était un endroit du camp où étaient rassemblés les objets confisqués aux déportés : or, diamants, vêtements, montres … Ces objets étaient envoyés en Allemagne et redistribués aux allemands.

Un autre nom : Mexique. C’était le lieu où les prisonniers travaillaient.

Le 14 juin 1940 les allemands envahissent Paris. Ce même jour Auschwitz accueille 728 détenus politiques polonais. A l’époque les allemands veulent se débarrasser des élites polonaises. Au printemps 1941 Himmler décide d’agrandir le camp et en octobre 1941, ils sont déjà 15 000 détenus.

A cette époque ils décident d’étendre le camp à Birkenau. Pour cela ils font raser un village existant et récupèrent les briques pour construire les baraques.

En janvier 1942 la conférence de Wannsée, près de Berlin, aboutit à la décision de l’extermination totale des juifs. Ils mettent au point l’infrastructure qui permettra à ce funeste projet d’aboutir : les trains, les horaires, la fréquence.

Trois camps sont prévus : Belzec, Sodibor et Treblinka. Par la suite Birkenau.
A Birkenau on comptera 1 100 000 victimes, 450 000 à Belzec et 700 000 à Treblinka.

A Auschwitz, en septembre 1941, les allemands testent pour la première fois sur quelques 850 polonais et russes un gaz pesticide, le zyklon B, qui allait faire la fortune de son fabricant allemand et des millions de morts.

Puis ils y construisent 4 chambres à gaz et crématoriums. Dans chaque salle 2000 personnes sur lesquelles ont déversait des cristaux de zyklon B qui sous l’effet de la chaleur dégagée se transformaient en gaz asphyxiant.

L’arrivée à Auschwitz commençait par une sélection : 10% restaient dans le camp pour travailler, 90 % allaient directement dans les chambres à gaz.

En septembre 1944 les arrivées de trains diminuent. Voyant l’avancée des soviétiques les allemands commencent à détruire les fours crématoires. A l’arrivée des libérateurs il ne restait que l’un d’entre eux.
Pavel nous fait aussi saisir la différence entre les camps de concentration et les camps d’extermination. Dans les camps de concentration les gens meurent de faim ou d’épuisement par le travail. En général ces camps ont de grands baraquements.
Dans les camps d’extermination les déportés sont tués sur place au fur et à mesure de leur arrivée. Ces camps ont en général une capacité d’accueil plus petite.

A la fin de la guerre la question s’est posée de savoir que faire de ces camps. Auschwitz a été abandonné deux ans et les soviétiques y ont enfermé des prisonniers allemands.
D’anciens déportés polonais ont ensuite protégé les camps. Le gouvernement communiste a décidé d’en faire un musée, de faire des recherches, un inventaire de la documentation qui s’y trouvait.
C’est alors que Pavel nous raconte l’histoire de cette femme venue de France avec sa fille pour visiter Cracovie. Elles sollicitent l’aide d’un guide, Pavel, pour visiter le camp d’Auschwitz. Cette française est à la recherche de sa mère et de son frère qui, après une rafle, ont quitté la France. Des indices les menaient en Pologne, à Auschwitz. Cette femme avait essayé sur internet de retrouver la trace de sa famille. En vain. Elle a voulu venir sur place. Par l’intermédiaire de Pavel les deux femmes ont été reçues par le sous-directeur des archives du camp et ont pu expliquer leur problème. Il leur a demandé de revenir au bout d’une heure et demie. A l’heure prévue les deux femmes se sont vues remettre deux feuilles sur lesquelles étaient imprimées les informations concernant la maman et le frère qui avaient disparus dans ce camp. Elles ont appris en 1h ½ ce qu’elles cherchaient depuis 45 ans … ! Et Pavel a pu les guider vers le four crématoire où avaient probablement péri les deux membres de leur famille.
Suite à celà, cette française a écrit un livre qui a été primé en Belgique. Pour finir l’histoire Pavel nous a montré sur son Smartphone la photo du jeune frère disparu avec sa mère à Auschwitz.

De la visite de ces deux camps je ne montrerai que quelques photos.

A l’entrée d’Auschwitz, cette porte tristement célèbre, et son inscription : « Arbeit macht frei » (le travail rend libre).

Tous les jours elle voyait passer une multitude de prisonniers qui la franchissaient pour aller au travail, souvent accompagnés d’un orchestre qui jouait.

A l’intérieur du camp nous visitons quelques blocs qui nous remémorent ces centaines de milliers d’hommes et de femmes qui vécurent et moururent en ces lieux, parce que ce camp était à la fois un camp de concentration et un camp d’extermination.
Parmi ces atrocités, quelques belles histoires d’entraide et d’amitié comme celle de Maximilien Kolbe. En juillet 1941 un homme disparait dans le bloc 14 où il se trouve. En représailles les nazis sélectionnent dix hommes de la même baraque, qui enfermés sont condamnés à mourir de faim. Maximilien Kolbe se porte volontaire pour remplacer un père de famille. Après deux semaines sans nourriture, seul le père Kolbe, qui a soutenu et vu mourir tous ses compagnons, est encore en vie. Pour libérer de la place il est exécuté le 14 août par une piqûre de phénol dans le bras et incinéré dans un four crématoire le 15 août. Il a été canonisé par Jean Paul II en 1982.

A 3 km de là, le camp de Birkenau, avec sa porte de la Mort,

prolongeant à l’intérieur du camp les rails sur lesquels arrivaient les trains de déportés.

Sur les 300 baraquements initiaux, seuls 45 en briques et 22 en bois ont été conservés.

La nuit tombante donne une dimension supplémentaire à ce lieu que nous visitons, ce vaste cimetière où moururent des gens de 28 nations différentes.