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Vendredi 2 octobre 2015 : Poznan

lundi 9 novembre 2015, par Yvette Prigent

Vendredi 2 octobre 2015

Avant de quitter Wroclaw et prendre la route de Poznań, nous retournons au centre ville pour visiter le panorama de la bataille de Raclawice.

Cette œuvre monumentale (120 m de long sur 15 m de hauteur) a été peinte en 1894 pour commémorer le centenaire de l’insurrection de l’armée polonaise, sous les ordres du général Tadeusz Kosciusko, contre l’armée russe, et avec l’aide de paysans armés de faux. Les Russes ont du battre en retraite. L’événement est rapporté sur cette toile.

Elle est l’œuvre de neuf artistes qui pendant plusieurs mois vont relater cette bataille qui vit contre toute attente la victoire de l’armée polonaise. La première présentation du panorama au public eut lieu pendant l’exposition nationale et universelle de Lvov en 1894.
Le tableau fut endommagé pendant une attaque aérienne soviétique sur Lvov en 1944. Pour la protéger on la dépose au monastère des Bernardins à Lvov. A la fin de la guerre il revient à Wroclaw mais pour des raisons politiques, on retarde sa restauration. En 1985 elle est à nouveau présentée au public.

Pour observer l’œuvre nous sommes au centre de la rotonde. La peinture a été intégrée dans un décor et il est parfois difficile de voir la différence entre ce qui est peint sur la toile et ce qui constitue matériellement le premier plan..

Le héros principal de cette bataille est le général Tadeusz Kosciusko.

Après avoir fait des études militaires dans son pays, il choisit à un moment de vivre en France où il fréquente l’académie royale de peinture et de sculpture. De retour au pays, il embarque pour les Etats Unis où la guerre d’Indépendance commence. Il y participe et aide à gagner quelques batailles.

Il aida aussi à la construction des défenses du fort de West Point et en remerciement il reçut des terres et des esclaves qu’il s’empressa de libérer.

Pendant ce temps la Pologne est sous la domination de trois pays : la Prusse, la Russie et l’Autriche. Au cours du premier partage, en 1772, les trois états s’approprient environ 1/3 du territoire. En 1793 un deuxième partage est effectué qui diminue encore le territoire du pays. C’est alors que Tadeusz revient à Cracovie et organise l’insurrection. Le 24 mars 1794 sur la place du vieux marché de Cracovie, il annonce le début du soulèvement national. Il appelle aux armes tous les citoyens entre 18 et 28 ans, parmi lesquels des paysans qui jusqu’à ce jour n’avaient pas le droit de porter des armes et qui se battront armés de faux.

Autre héros de la bataille Wojciech Bartosz qui dans la main droite tient une faux pour lutter contre les soldats russes et dans la main gauche son bonnet rouge avec lequel il s’efforce d’empêcher la mise à feu d’un canon russe.

Sur le tableau également les faucheurs. C’étaient des paysans armés de faux, de piques et de haches qui se battaient furieusement pour la liberté de leur pays.
Bien qu’ils ne fussent pas organisés comme une armée, ils étaient très efficaces.

Parmi les combattants polonais, des tireurs d’élite avec des fusils. La difficulté de cette arme était qu’elle devait être chargée par le canon. Il fallait être très habile pour le faire le plus rapidement possible.

Sur le tableau, des soldats de la cavalerie en pleine action.
Selon leur appartenance ils étaient armés de sabres, de fusils, de pistolets ou de lances. Ils ont aussi joué un rôle important dans cette bataille.

Pour terminer le tableau, des scènes de désolation : une famille qui pleure un soldat disparu

et les vaincus battant en retraite.

Ce fut une victoire polonaise. Mais malheureusement elle n’empêcha pas le troisième partage qui effaça la Pologne de la carte européenne pour 123 longues années … !

Après cette visite du panorama, un dernier coup d’œil à la ville de Wroclaw et ses canaux

Nous prenons la direction de Poznan qui est notre étape pour ce soir.
Notre déjeuner est prévu au palais de Rydzyna.

Chemin faisant Pavel nous parle du système scolaire polonais. Il n’y a pas en Pologne d’école maternelle et la scolarité n’est obligatoire qu’à partir de 6 ans. Les maternelles sont remplacées par des crèches où l’on peut apprendre à lire aux enfants, mais pas à écrire. Ils y apprennent aussi le dessin, la musique. Le nombre de places dans ces crèches est insuffisant.
Les enfants entrent ensuite à l’école élémentaire, puis au collège et au lycée. Entre chaque cycle ils doivent passer un examen. Le dernier examen, l’équivalent du baccalauréat chez nous, conditionne l’entrée en études supérieures. S’offre à eux le choix entre les écoles publiques et les écoles privées et l’admission est parfois difficile parce que certains étudiants sont admis dans plusieurs établissements et attendent avant de démissionner définitivement de certains.

Avant notre arrivée au château pour le déjeuner, Pavel nous en dit quelques mots.
Il a appartenu à Stanislas Leszczynski, roi de Pologne entre 1703 et 1709. L’une de ses filles, Marie Leszczynska a épousé notre roi Louis XV.
Ce château de style baroque a été construit au cours du XVIIe siècle.

On y trouve maintenant un restaurant, un hôtel et des salles de conférences.

Nous profitons d’un moment de pause après le repas pour visiter les extérieurs.
Au détour d’une allée nous rencontrons Stanislas, le beau-père de Louis XV

et nous profitons du soleil pour faire une marche digestive autour du plan d’eau qui agrémente le parc.

En début d’après-midi, nous quittons la Basse-Silésie pour entrer dans la Grande Pologne et visiter Poznań sa capitale.
Au Xe siècle, Mieszko 1er, fait de Poznań la capitale de son duché. Il y installe en 968 le premier évêché de Pologne et y fait construire une cathédrale. La ville se développe et suscite les convoitises de ses voisins. Au XVIe siècle elle est à l’apogée de sa puissance, mais un incendie la détruit et marque le début d’une période sombre. La ville finit par tomber sous domination prussienne en 1793.
Napoléon, devenu Empereur des Français, n’a aucun mal en 1806-1807, dans sa campagne contre la Prusse, à provoquer un soulèvement des Polonais dans la partie prussienne. Les terres que la Prusse avait prises à la Pologne sont alors érigées en grand-duché de Varsovie, doté en 1807-1808 d’une constitution et du Code Napoléon.
En 1809, l’armée polonaise, sous les ordres du prince Poniatovski, participe à la victoire contre l’Autriche qui doit céder au duché la majeure partie des territoires qu’elle occupait.
Mais en 1812, la retraite de Russie scelle le sort politique du duché qui est occupé par les troupes du tsar.
Annexée pendant plus de 100 ans (1815-1918) par les Prussiens, la population résiste économiquement et culturellement à la germanisation. Pour illustrer cela Pavel nous raconte deux histoires.

En mai 1901, débuta la grève des écoliers de Września (Posnanie) contre les punitions corporelles dues au refus des enfants polonais de répondre en allemand en cours de religion. L’affaire devint internationale (Henryk Sienkiewicz, le célèbre romancier auteur de Quo Vadis, révéla l’affaire en 1901 et adressa une lettre ouverte au roi de Prusse, Guillaume II en 1906) et le mouvement gagna ensuite toute la Posnanie, la Poméranie et la Silésie allemande où il se poursuivit, jusqu’en 1906 malgré les menaces et les sanctions, pour réclamer la repolonisation de l’enseignement (au total 93 000 écoliers polonophones boycottèrent l’école prussienne et le catéchisme obligatoire en allemand). Ces grèves eurent sans doute pour effet d’arrêter, jusqu’en 1914, le renforcement de la "germanisation" scolaire.

Une autre histoire, celle d’un paysan de Poznan, Michael Drzymala. Celui-ci voulant agrandir sa maison n’obtint pas de la part du gouvernement l’autorisation nécessaire et vit même sa maison détruite. Il acheta alors une roulotte qu’il mit dans son champ et qu’il devait déplacer tous les jours. Un journal de Saint Petersburg relata cette histoire qui fit le tour de l’Europe et sa roulotte devint le symbole de la lutte des paysans contre le pouvoir prussien.

Pavel nous parle aussi des trois étudiants en mathématiques de l’université de Poznan qui découvrirent le système de lecture de la machine Enigma et du code qu’utilisaient les allemands pour transmettre leurs messages pendant le seconde guerre mondiale.

En 1956 les communistes veulent réformer l’économie socialiste et décident que les Polonais doivent travailler plus. La colère gronde à Poznan. Les ouvriers de la plus grande usine, du nom de Joseph Staline, se réunissent et veulent annuler les normes nouvelles. Le chef du parti ne veut pas discuter avec la foule et reçoit les délégués syndicaux. Ils sont arrêtés pendant la réunion. La foule se rend à la prison pour demander leur libération. Au cours de cette opération la troupe ouvre le feu sur les manifestants civils, faisant 68 victimes.

Nous arrivons à Poznan. La guide locale nous attend pour une visite de la ville. Nous commençons par l’île d’Ostrow tumski où sont situés les plus anciens monuments ecclésiastiques de l’agglomération. Ce sont l’église baroque de la Vierge Marie et près d’elle la cathédrale Saint Pierre et Saint Paul.
En 968 la cathédrale Saint Pierre et Saint Paul fut la première cathédrale construite en Pologne. Plusieurs fois détruite et remaniée, elle est de style gothique

Les deux clochers, coiffés de coupoles baroques dominent le portail d’entrée fermé par des portes qu’ornent des scènes de la vie de Saint Paul et de Saint Pierre.

De nombreuses chapelles entourent la nef, parmi lesquelles la Chapelle dorée.

Aménagée dans le style byzantin au XIXe siècle, celle-ci recèle les sarcophages et les statue de Mieszko 1er et de son fils.

Près de la cathédrale, une statue du pape Jean Paul II.

Nous nous dirigeons ensuite en bus vers la place du château impérial. Sur l’esplanade, un monument attire l’attention : le mémorial du 28 juin 1956. Constitué de deux croix liées entre elles par un seul bras. Sur les pieds des croix, certain nombre de dates : 1956, 1968, 1970, 1976 et 1980 et au pied des croix, un aigle qui les garde.

Ce monument construit en 1981 est devenu un symbole très expressif de la mémoire des événements douloureux des années précédentes.
Il a rappelé non seulement les élans patriotiques et sociaux des Polonais dans les années 1956, 1968, 1970, 1976 et 1980, mais il était aussi un appel à entretenir la liberté, réclamée pour la première fois par les ouvriers à Poznań.

Sur cette même place une statue d’Adam Mickiewicz, poète et écrivain polonais.

L’université qui porte son nom est juste à côté.

A l’un des angles de l’esplanade, l’ancien château impérial. Il a été la résidence de l’empereur d’Allemagne entre 1904 et 1910. C’est aujourd’hui un musée qui regroupe des documents sur la révolution de 1956

Pour terminer notre visite de la ville, nous nous dirigeons vers la vieille place du marché. C’est un carré, au sol pavé, entouré de maisons gothiques, Renaissance ou baroques. La plupart furent détruites en 1945 et restaurées après la guerre. Les façades aux teintes pastel chaudes sont parfois ornées de peinture.

On y trouve aussi la maison de la Bretagne. En effet Poznan est jumelée avec la ville de Rennes.

Sur cette même place, l’hôtel de ville. Dominé par son haut beffroi, il est l’un des plus beaux de Pologne. Après un incendie qui le détruisit en 1536, il fut restauré dans le style Renaissance. La façade à triple rangées d’arcades, est dominée par trois clochetons.

Celui du milieu est l’objet de toutes les attentions lorsque sonnent les douze coups de midi annonçant l’apparition des chevreaux de Poznań.

Pour expliquer ce rituel, on raconte qu’en 1511, le cuisinier chargé du banquet d’inauguration de l’hôtel de ville en laissa malencontreusement bruler les viandes. Deux chevreaux furent amenés, mais bien décidés à ne pas finir sur le gril, ils parvinrent à fuir au sommet de l’édifice et s’affrontèrent sous les yeux de la foule. Le gouverneur ordonna que leurs effigies mécaniques soient couplées à l’horloge afin de célébrer l’événement. Depuis, les chevreaux mécaniques répondent par douze coups de cornes aux douze coups de midi.

Non loin de là, l’église Saint Stanislas

Cette église baroque, avec ses colonnes corinthiennes en stuc et ses peintures a été édifiée par les jésuites.

Tout à côté, une petite place avec les statues de bronze de deux chevreaux nous rappelle la légende de la ville.

Sur notre parcours au retour vers la place du marché, une statue de Saint Jean Népomucène,

et la fontaine Bamberka qui représente une bavaroise, symbolisant ses compatriotes qui repeuplèrent au XVIIIe siècle la région de Poznań.

Retour à la place de l’hôtel de ville qui a pris quelques lumières.

L’hôtel de ville éclairé

La fontaine baroque de Proserpine

Demain nous prenons la route pour Varsovie, la capitale de la Pologne.