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Samedi 3 octobre 2015 : Varsovie

lundi 9 novembre 2015, par Yvette Prigent

Samedi 3 octobre 2015

Ce matin nous quittons Poznań et la Grande Pologne pour rejoindre Varsovie et la Mazovie. Comme à son habitude, Pavel nous raconte, pendant le voyage en bus, des tranches d’histoire de son pays.

Le palais royal que nous allons visiter a été presque entièrement détruit pendant la seconde guerre mondiale. Il fut reconstruit par la suite à l’identique, grâce à un homme Stanislav Lorentz qui en avait fait l’inventaire, en identifiant tous les éléments pendant le siège.
Après la guerre le château fut rasé et jusqu’au début des années 1970, il ne subsistait qu’un mur et quelques fenêtres. Après le départ de Gomulka, le nouveau président de la république décida de le reconstruire.

Pavel nous parle ensuite des heures sombres de la ville de Varsovie et de son ghetto pendant cette même période.

En septembre 1939, Hitler envahit la Pologne et Varsovie se retrouve en quelques semaines sous le joug de l’armée allemande. Dès 1940 la population juive est transférée dans le ghetto, soumise à un régime de répression et de famine. Un mur en briques haut de 3 m et long de 18 km, isole 30 % de la population (environ 400 000 personnes) sur seulement 2,4 % de la superficie de la ville.
Puis à partir de juillet 1942, 265 000 juifs sont transférés du ghetto au camp d’extermination de Tréblinka. La résistance au sein du ghetto commence alors à s’organiser et le soulèvement éclate le 19 avril 1943. L’armée allemande mit 27 jours à le réduire. Seuls quelques milliers de juifs parvinrent à s’échapper, les autres furent fusillés sur place ou déportés.

La guerre n’est pas finie pour les Polonais. Au début de l’été 1944, l’armée allemande commence à reculer face à l’avancée des troupes russes. La résistance polonaise s’organise en vue d’accélérer la libération de Varsovie et le 1er août 1944 elle commence son combat contre les allemands, comptant sur le secours des russes. Pendant 63 jours, jusqu’au 2 octobre, ce ne sont que combats de rue. Cette initiative de soulèvement se révèle un désastre. Les russes, stationnés de l’autre côté de la Vistule, se contentent d’observer sans intervenir et attendent la fin des combats pour faire leur entrée dans le champ de ruines qu’est devenue Varsovie. Hitler a poussé le massacre à son comble en ordonnant la destruction systématique de la capitale polonaise. Lors de l’insurrection 200 000 civils trouvèrent la mort.

A la fin de la guerre, 850 000 Varsoviens, soit les deux tiers de la population, sont déclarés morts ou portés disparus. En cendres, Varsovie n’est plus qu’un nom sur la carte de l’Europe. Dans la ville, à de nombreux endroits, des plaques nous renseignent sur le nombre de victimes et les dates de leur mort

Après la guerre, Varsovie fut patiemment reconstruite, en grande partie grâce à l’énergie de sa population. La partie historique de la vieille ville a été reconstruite à l’identique, mais par ailleurs on peut voir côte à côte des monuments de type stalinien, comme le palais de la Culture qui ressemble aux gratte-ciel de l’époque soviétique, et des tours modernes, sièges de grandes entreprises polonaises et de multinationales.

Après un déjeuner près des remparts, notre visite de la « vieille » ville commence, et par un pont surplombant les douves, nous prenons la direction du château royal.

Pour y accéder nous traversons la place Zamkowy, au milieu de laquelle trône la statue en bronze du roi Sigismond III, élevée en 1644. C’est lui qui fit de Varsovie la capitale de la Pologne.

L’entrée principale permet d’accéder à la grande cour intérieure qui est un vaste pentagone autour duquel s’organise le complexe du château. Son histoire remonte au XIVe siècle quand les ducs de Mazovie décidèrent de sa construction. Il fut agrandi, remanié et au moment du partage du pays en 1795, il tombe dans l’oubli et ses collections d’art furent emportées.

En 1918, lorsque la Pologne recouvre son indépendance, d’importants travaux de restauration sont entrepris. Les œuvres d’art qui avaient pris le chemin de la Russie sont récupérées.

Avant la visite du château notre guide évoque pour nous les heures sombres de l’édifice au début de la seconde guerre mondiale.

Le 17 septembre 1939, les allemands lancent des bombes incendiaires sur le palais. Une partie des bâtiments s’effondre. Lorsque la ville dut capituler, tous les objets précieux, meubles, tableaux, tapis furent systématiquement envoyés en Allemagne.

Cependant les employés du château et du musée national réussirent, avec l’aide des habitants de Varsovie, à sauver une bonne partie des œuvres d’art et des éléments architecturaux.
Après l’insurrection de 1944, les Allemands firent sauter le château comme en atteste une photo prise en 1947.

La décision de le reconstruire fut prise le 20 janvier 1971. Il retrouva l’aspect qu’il avait avant 1939. Les fragments de murs qui avaient subsisté furent englobés dans l’édifice et tout ce qui avait pu être sauvé retrouva sa place d’origine dans les salles.

Notre visite commence par la salle de Marbre. Aménagée du temps de Stanislas Auguste, au milieu du XVIIIe siècle, celui-ci la dédia à la mémoire de ceux qui l’avaient précédé sur le trône.

Sur les murs revêtus de marbre sont donc accrochés les portraits de ceux qui ont régné avant lui.

Pour entrer dans la salle suivante, la chambre des Chevaliers, nous franchissons une porte dont la poignée est ornée d’une sirène, qui comme nous le verrons par la suite, est le symbole de la ville.

Dans l’esprit du roi, sous l’œil du dieu Chronos, cette pièce, qui servait d’antichambre à ceux qui attendaient une audience, devait commémorer les plus glorieux moments de l’histoire de la Pologne.

Sont accrochés aux murs de grands tableaux retraçant des événements historiques et des portraits d’hommes célèbres comme Nicolas Copernic.

Puis une salle du trône,

avec à côté un cabinet d’entretien. Dans celui-ci, un bureau offert par Valéry Giscard d’Estaing pendant sa présidence.

La chambre du roi

et l’ancienne salle d’audience qui faisait aussi office de salle du trône

Puis l’antichambre des Sénateurs ou salle de Canaletto, destinée aux visiteurs qui attendaient une audience du roi. Son architecture très simple met en valeur les peintures du paysagiste italien Bernardo Bellotto dit Canaletto le Jeune.

Les vingt-deux représentations qui se trouvent dans cette salle furent peintes dans les années 1770-1780 et montrent les rues et les places du centre de Varsovie telles qu’elles étaient à l’époque. Toutes ces peintures furent mises à l’abri pendant la Seconde Guerre Mondiale et retrouvèrent leur emplacement d’origine lorsque le château royal fut reconstruit. Grâce à leur extrême précision, ces vues jouèrent un rôle important lors de la reconstruction de Varsovie après la guerre.

La chapelle du château, constituée d’une petite nef et d’un chœur en demi-cercle.

La Salle du Sénat fut reconstruite selon l’état original et son aspect est celui qu’elle avait en 1791.

Elle est ornée de piliers corinthiens et c’est dans cette salle que fut adopté l’un des plus importants documents de l’histoire polonaise, la constitution du 3 mai 1791 qui mettait en place un certain nombre de mesures donnant plus de liberté au peuple.

Il s’agit de la deuxième constitution au monde, très peu de temps après celle des Etats-Unis. Elle ne restera en vigueur qu’une année, mais demeure le symbole et la fierté du peuple polonais. La date du 3 mai est d’ailleurs celle retenue pour la fête nationale.
Malheureusement un groupe de nobles et de grands bourgeois, menacés dans leurs privilèges et libertés, se constitue en confédération et obtient l’aide de l’armée russe pour s’opposer aux réformes.
En 1793 un deuxième partage de la Pologne réduit encore le territoire.

Dans une salle attenante, une série de grands tableaux rappellent l’événement.

Sur le deuxième tableau nous voyons Tadeusz Rejtan, noble polonais qui tente d’empêcher le partage de la Pologne en 1793.

Nous avons vu son portrait dans une salle précédente.

A la sortie du château nous prenons la direction de la cathédrale Saint Jean Baptiste.

C’est la plus ancienne église de la ville. Au début du XVe siècle l’édifice de bois d’origine fut remplacé par une construction en briques. Au XIXe siècle elle fut entièrement reconstruite dans le style gothique anglais. Pendant l’insurrection de Varsovie, l’église, l’un des principaux bastions de défense de la Vielle Ville, fut pratiquement rasée. Reconstruite après la guerre, elle est à trois nefs de même hauteur.

Après cette visite nous nous dirigeons vers la place du marché de la vieille ville qui fut jadis le centre de la vie économique, politique et sociale de Varsovie. Toutes les maisons qui la bordent furent construites et modifiées au cours des trois derniers siècles.

Rebâties après la seconde guerre mondiale, elles donnent à cette place une atmosphère particulière avec ses terrasses de cafés,

ses étals de marchands de souvenirs et les tableaux des étudiants des Beaux-arts qui en font une galerie d’art en plein air.

Avant de partir, un petit clin d’œil à la fontaine de la Petite Sirène, emblème de la ville.

Son histoire est liée à celle de Copenhague. La légende raconte qu’elles se perdirent toutes les deux ; la première qui s’échoua dans les détroits danois, trône aujourd’hui à l’entrée du port de Copenhague. La seconde descendit la Vistule et rencontra en chemin deux amants : Wars et Sawa, auxquels elle demanda de fonder la ville et de lui donner leurs deux noms réunis. Promettant de rester et de secourir les habitants, la petite sirène, armée d’une épée et d’un bouclier, est devenue l’emblème de la ville.

Nous nous dirigeons ensuite vers la Barbacane.

A l’origine ce grand édifice demi-circulaire avec des meurtrières et un parapet était le point d’entrée et de défense de la cité.

Nous nous dirigeons ensuite vers la place Krasinski. Au passage, un petit détour par le musée Marie Sklodowska Curie.

Le premier étage de sa maison natale, reconstruite à l’identique après 1945, abrite un musée dédié à la vie et aux travaux de la grande physicienne.

Née à Varsovie en 1867, elle quitte la Pologne à l’âge de 24 ans parce que les études supérieures sont interdites aux filles et elle choisit d’émigrer vers la France. C’est aussi parce que la physique et la chimie n’étaient pas enseignées dans les écoles de jeunes filles en France qu’elle intègre la faculté des Sciences de Paris. Première femme titulaire d’une chaire à la Sorbonne, elle découvre la radioactivité du thorium, identifie le polonium et isole le radium. Avec son époux, Pierre, ils reçoivent le prix Nobel de physique en 1903 pour leurs recherches sur les radiations.

En 1911 elle obtient le prix Nobel de chimie pour ses recherches sur le polonium et le radium. C’est la première et à ce jour la seule femme récompensée deux fois par l’Académie suédoise. Elle meurt en 1934 et ses cendres ont été transférées au Panthéon à Paris en 1995. Pour continuer l’histoire, leur fille Irène, épouse de Frédéric Joliot, reçoit avec son mari le prix Nobel de chimie en 1935 pour leur découverte sur la radioactivité artificielle.

Sur la place Krasinski, près du bâtiment de la Cour Suprême, le Mémorial de l’insurrection de Varsovie.

Elevée à l’endroit même où l’armée nationale lança l’assaut contre les nazis le 1er août 1944, cette imposante structure en métal représente les insurgés armés sortant des souterrains pour attaquer les Allemands et leur retraite désespérée dans les égouts.

Ce monument simple et pourtant imposant, fut érigé et inauguré le 1er août 1989, soit 45 ans après le début des combats, pour célébrer et surtout conserver le souvenir de tous ces habitants de Varsovie qui, au sacrifice de leur vie, se battirent avec un infini courage pour libérer la ville de la domination nazie

Nous reprenons le car. Une traversée du ghetto juif et une première image.
A l’endroit où les nazis rassemblaient les juifs avant de les entasser dans des wagons à bestiaux, en partance pour les camps de concentration on a érigé un monument baptisé mémorial de la Umschlagplatz, du nom du dépôt ferroviaire qui se trouvait sur cette rue.

Il a pour objet de rappeler qu’entre 1942 et 1943 cet endroit fut l’une des toutes dernières étapes de l’existence de plus de 300 000 juifs. Ce monument de marbre blanc en vague forme de wagon garde le souvenir et porte gravés les prénoms de 448 juifs polonais emmenés vers les chambres à gaz.

Sur notre route le palais de la Culture et des Sciences

Cadeau de la nation soviétique à la nation polonaise, ce palais a été commandé par Staline et construit dans les années 1952 -1954. Du haut de ses 237 m, il reste l’édifice le plus élevé du pays. En 1950 Staline voulait construire à Varsovie un monument à la gloire du socialisme et c’est ce palais de la Culture qui fut choisi. Il devait concurrencer (guerre froide oblige) les plus hauts buildings américains comme l’Empire State Building à New York. Ce bâtiment est une copie de l’Université de Moscou. Il fut édifié en pleine reconstruction de la ville, au milieu de ruines. Son inutilité était criante face à l’absence de logements

Il abrite aujourd’hui trois théâtres, un cinéma, une salle de congrès, une piscine, plusieurs petits musées et beaucoup d’institutions officielles.

Notre bus nous arrête à proximité du parc Lazienki. Près de la porte d’entrée, une statue de Josef Pilsudski qui proclama la République indépendante le 11 novembre 1918.

C’est lui qui commanda les troupes polonaises lors de la guerre soviéto-polonaise.

Près de l’entrée principale du parc, le monument consacré à Chopin. L’idée de commémorer le grand compositeur polonais, mort en 1849 à Paris, par un monument fut avancée en 1876. Dans un premier temps, en raison des difficultés nées du partage du pays, une simple plaque fut murée dans un pilier de l’église Sainte Croix, où était conservé son cœur.
L’idée fut à nouveau reprise en 1899, à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa mort. En 1908 Waclaw Szymanowski, célèbre peintre et sculpteur remporte le concours. La statue terminée fut dévoilée le 14 novembre 1926, soit cinquante ans après que l’idée ait vu le jour.
Durant la seconde guerre mondiale la musique de Chopin fut bannie, les nazis détruisirent toutes les effigies du compositeur et la statue du parc Lazienki fut le premier monument de Varsovie à être abattu. Après la guerre, elle fut méticuleusement reconstituée et remise en place

Le compositeur y est représenté assis, sous un saule stylisé qui fait un peu penser à une main.

Aux beaux jours les promeneurs se pressent pour venir écouter les concerts de musique classique qui se tiennent à ses pieds les dimanches après-midi.

En sortant du parc nous voyons le Belvédère illuminé.

Initialement propriété de Stanislas Poniatowski qui y installa une manufacture de faïence, ce palais devint la résidence officielle des chefs d’Etat polonais à la fin de la deuxième guerre mondiale. Le palais officiel n’est plus là, mais le Belvédère est encore utilisé pour la réception des dignitaires étrangers.

Nous terminons la visite par le palais Lazienki ou palais sur l’île.
Cet édifice n’était à l’origine qu’une maison de bains. Le roi Stanislas Poniatowski commença à le rénover et à l’agrandir.

Aujourd’hui le palais se visite et le soir on peut profiter du spectacle du château illuminé qui se reflète dans l’eau du lac.

Près du point de vue, une statue du roi Jean III Sobieski

Elle représente le roi à cheval, portant une armure de chevalier, les sabots de son cheval cabré piétinant un Turc. Le cheval parait petit par rapport au cavalier, ce qui a bien sûr pour but de magnifier le monarque

Ainsi se termine notre visite de la ville de Varsovie.
Demain matin nous allons visiter la maison natale de Frédéric Chopin avant de prendre la route de Czestochowa.