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Dimanche 4 octobre 2015 : Czestochowa

lundi 9 novembre 2015, par Yvette Prigent

Dimanche 4 octobre 2015

Ce matin nous prenons la direction de la maison natale de Frédéric Chopin. Il est né d’un père français Nicolas Chopin, originaire des Vosges et d’une mère polonaise Tekia Justyna Krzyzanowska. Nicolas, venu en Pologne pour y travailler, devient précepteur des enfants de la comtesse Skarbek et c’est là qu’il rencontre Tekia, dame de compagnie de la maitresse des lieux. Ils se marient et auront 4 enfants. Frédéric, deuxième de la fratrie, est né en 1810 dans la maison que nous allons visiter. Elle est située à Zelazowa Wolaà à 50 km de Varsovie.

Cette belle bâtisse de la fin du XIXe siècle appartenait à l’origine au domaine du comte de Skarbek.

Elle est décorée de meubles d’époque. Dans l’une des pièces, un piano qui évoque le musicien

et un bouquet de fleurs qui montre l’endroit où serait né Frédéric.

Au mur l’acte de baptême de Chopin

et dans la pièce attenante, un petit salon avec quelques objets personnels du musicien.

Tout à côté, les portraits de la famille : Frédéric,

son père

et sa mère

Le jardin est très agréable

et il sert de cadre aux concerts de plein air donnés l’été par des étudiants de l’école de musique. En leur absence on peut quand même s’asseoir sur des bancs et écouter sa musique diffusée en sourdine.

Après cette visite nous prenons la direction du sud, vers la ville de Czestochowa.
Sur la colline de Jasna Gora, la flèche du monastère de la Vierge Noire, du haut de ses 106 mètres, signale au voyageur qu’il approche de la Lourdes polonaise

Près de 5 millions de pèlerins se rendent ici chaque année.
Le sanctuaire est ouvert de 6h à 13h, puis de 14h à 21h30. Une messe est dite toutes les heures. Beaucoup de corporations y viennent en pèlerinage. Le 1er dimanche de septembre se sont rassemblés ici 100 000 agriculteurs.
Les futurs bacheliers y viennent aussi pour demander le succès à l’examen…

Le monastère a été fondé au XIVe siècle par le prince Ladislas d’Opole pour les frères Paulins. Il leur fait don de la colline avec une petite église, dédiée à la Très Sainte Vierge Marie du Bon Secours. En 1382 arrive l’icône de la Mère de Dieu. L’histoire dit alors qu’elle avait été peinte par Saint Luc Evangéliste sur un morceau de bois de la table du dernier repas du Christ avec ses disciples.
De récentes études scientifiques ont montré qu’elle date du XIIe ou XIIIe siècle. Elle représente une Vierge Hodigitria (celle qui montre le chemin).
Grâce à la popularité croissante de l’icône, le monastère devint rapidement un sanctuaire important. Commencent alors à s’accumuler sur les parois de la chapelle de nombreux ex-voto. Malheureusement tout fut pillé le 14 avril 1430 par les Hussites venant de Moravie et de Silésie, qui attaquèrent le monastère. Après une entrée de force dans la Chapelle, ils dépouillèrent l’autel de son icône, pillèrent les lieux et balafrèrent le visage de la Madone. En jetant le tableau par terre, ils brisèrent en trois parties la planche de l’icône. Le tableau fut restauré à la cour de Ladislas Jagellon à Cracovie.
Après le pillage sacrilège et la restauration, la popularité du sanctuaire s’accrut et la première chapelle devint trop petite. C’est en 1450 que fut décidée la construction d’une église gothique à trois nefs, à côté de la chapelle.
Pour protéger l’ensemble, on entreprend au début du XVIIe siècle, la construction de remparts. L’ensemble constituait alors une petite forteresse qui devait bientôt recevoir son baptême du feu. En effet en juillet 1655 l’armée suédoise pénètre en Pologne, occupant rapidement l’ensemble du pays. Le 18 novembre 1655 les Suédois se présentèrent devant les fortifications du monastère, exigeant la reddition immédiate de la forteresse. Le Père Augustyn Kordéki, prieur du monastère, décida de défendre le lieu saint. Contre 2 250 soldats suédois, il avait à opposer 170 soldats, 70 moines et une vingtaine de gentilshommes accompagnés de leur personnel.
Devant l’attitude inflexible de la forteresse, les Suédois commencèrent un siège de 40 jours qui se termina malgré tout par la victoire des chevaliers de la Vierge Marie.
Cette résistance fut pour les Polonais d’une grande importance et la victoire fut attribuée à la protection de la Sainte Vierge. A la nouvelle de la levée du siège, le pays entier entra en résistance et les Polonais prirent le dessus sur leurs ennemis.
Le 1er avril 1656, le roi Jean Casimir, reconnaissant, prononça le vœu solennel de se placer lui-même et tout son pays sous la protection de la Vierge, en la choisissant comme Patronne et Reine de la Couronne de Pologne. Depuis ce temps, l’icône est le symbole de la liberté nationale et des sentiments religieux du pays.

Peu après cette période, l’idée que le front de la Vierge soit orné de la couronne papale fit son chemin. Les Paulins demandèrent alors au pape Innocent XI, pendant sa visite en ces lieux, s’il était possible de couronner l’icône. L’acte solennel du couronnement eut lieu le 8 septembre 1717 auquel assistèrent environ 200 000 fidèles.

Plus tard, au XIXe siècle, au moment du partage du pays entre la Prusse, la Russie et l’Autriche, période qui devait durer 123 ans, ce lieu joua un rôle important en permettant le contact entre les trois parties déchirées du pays. Elle éveilla les consciences et rappela aux Polonais qu’ils sont les enfants d’une seule patrie.
Au bout d’un temps, les pèlerinages furent interdits. Des moines, accusés d’activité insurrectionnelle, furent emmenés en Sibérie et le monastère dépouillé de ses biens.

En 1909, la robe de perles et les deux couronnes en or envoyées par le Pape, furent volées. Le Pape Pie X offrit immédiatement deux nouvelles couronnes qui furent mises en place le 23 mai 1910. Malgré cette époque de contraintes et de persécutions par l’occupant, environ 300 000 fidèles prirent part à la cérémonie.

A la fin de la première guerre mondiale qui d‘ailleurs n’a pas atteint le sanctuaire, commencent les années d’indépendance pour la Pologne, déclarée le 11 novembre 1918. En 1920, la Russie en désaccord avec le tracé des frontières orientales, décide d’envahir le territoire polonais. L’épiscopat se réunit à Czestochowa et proclame une seconde fois la Vierge, Reine de Pologne. Quand les troupes russes atteignirent Varsovie, des milliers de Polonais vinrent voir leur Reine pour implorer la victoire qui se produisit le 15 août 1920, où avec l’aide du général français Weygand, l’armée polonaise repoussa l’ennemi et récupèra ensuite ses territoires historiques de Biélorussie et d’Ukraine. On a appelé cette victoire : « le Miracle de la Vistule » en l’attribuant à l’intercession de la Sainte Vierge.

Dans les années 1939-1945, une partie du monastère fut occupée par les troupes allemandes qui y interdirent les pèlerinages en groupe.

Puis vinrent les années du communisme où les répressions ne touchèrent pas seulement les opposants politiques, mais aussi les prêtres catholiques comme le cardinal Stefan Wyszynski emprisonné de 1953 à 1956.

En 1966 pour fêter le Millénaire de la Pologne, lié à la commémoration du baptême de Mieszko 1er, le 4 avril 966, le Pape Paul VI voulut venir au sanctuaire, mais le gouvernement communiste s’opposa à la visite du Saint Père. Karol Wojtyla, alors Archevêque de Cracovie, organisa les célébrations et présida plus de cinquante offices, dont une messe pontificale au nom du pape Paul VI, au sanctuaire Jasna Góra de Częstochowa. L’objectif de la célébration du millénaire de la Pologne était aussi de mettre en avant l’héritage profondément chrétien du pays, alors même que le gouvernement communiste promouvait l’athéisme.
Le 4 juin 1979, le premier pape polonais dans l’histoire de l’Eglise, Jean Paul II se rend à Czestochowa à l’occasion d’un voyage dans son pays d’origine et encourage les aspirations des Polonais à la liberté intellectuelle et politique. Il a offert à cette occasion la Rose d’Or, la plus grande distinction papale, attribuée pour des mérites extraordinaires. Cette Rose d’Or est en place près de l’icône, comme nous le verrons lors de la visite.
Il voulut y retourner en 1982 pour le 600e anniversaire de la création du monastère (1382), mais la situation politique en Pologne, après l’établissement de l’état de siège et l’arrestation de nombreux membres de Solidarnosc n’y était pas favorable.
Sa visite fut remise au mois de juin 1983. C’est à cette occasion que le Saint Père, en signe de reconnaissance d’avoir eu la vie sauve après l’attentat du 13 mai 1981, offrit en ex-voto la ceinture de sa soutane, percée de balles et tachée de sang. Nous la verrons également près de l’icône de la Vierge Noire.
Le troisième pèlerinage en juin 1987 fut l’occasion pour lui de développer le sujet de la liberté. Il était sûr du rôle de la Sainte Vierge pour une réunification entre l’est et l’ouest
Il y revint encore en août 1991 pour les JMJ où le site du sanctuaire réunit presque 1 700 000 jeunes pèlerins du monde entier.
Le cinquième pèlerinage du Saint Père en juin 1997 fut marqué par la confiance en Marie. Son sixième et dernier pèlerinage eut lieu en juin 1999.

Nous entrons à l’intérieur de la forteresse par la porte Jean Paul II qui porte sa devise : « Totus Tuus » (Tout à toi).

C’est l’une des deux entrées sur le site. Quelques minutes d’attente avec la foule des pèlerins qui se pressent en ce dimanche devant la basilique.

La visite des lieux commence par la Chapelle de la Vierge de Jasna Góra, cœur du sanctuaire. Nous entrons dans l’édifice par une porte qui nous mène au porche de la chapelle.

Ce porche a été construit dans les années 1929-1933 et a complété la nef principale de l’église. Sur ses murs sont suspendus des plaquettes votives et des ex-voto des soldats se battant sur tous les fronts de la Seconde Guerre Mondiale

et de ceux qui luttaient pour la liberté et l’indépendance de la Pologne, comme le syndicat Solidarnosc.

Dans ce vaste espace se pressent des pèlerins venus assister à la messe. Pendant les offices, les visiteurs que nous sommes sont autorisés à longer les murs de l’édifice.

Après le porche, nous entrons dans la Chapelle, cette fois très décorée.

Sur les murs, encore des ex-voto

et différents petits autels comme celui de la Vierge Douloureuse.

Nous franchissons la grille qui sépare le chœur de la nef centrale et nous arrivons dans le sanctuaire, devant l’autel de l’icône de la Sainte Vierge de Jasna Góra.

L’icône peinte sur trois planches de bois de tilleul, représente la Vierge « qui conduit », tenant l’Enfant Jésus dans un bras. Ils regardent tous les deux les pèlerins.

De la représentation d’origine, on ne voit que les visages et les mains. En effet depuis le XVIIe siècle, la tradition a été de placer sur les tableaux des ornements, décorés avec des bijoux précieux offerts par les pèlerins. Cette tradition s’est poursuivie et de nos jours le sanctuaire possède un grand nombre de ces « robes ».

De chaque côté de l’icône, des ex-voto. Le plus à gauche, dans un coffret spécial, la ceinture de la soutane, percée de balles et tachée de sang, que portait Jean Paul II, lors de l’attentat du 13 mai 1981 sur la place Saint Pierre à Rome.

Tout de suite à gauche du tableau, les insignes royaux, le sceptre et un globe, don des femmes polonaises.

Et à droite de l’icône, une rose d’or, don du pape Jean Paul II en 1979.

Non visible sur ma photo, un ex-voto du pape Benoît XVI lors de son passage au sanctuaire.

Notre visite des lieux se poursuit par la basilique.
Elle date de la fin du XVIIe siècle, après qu’un incendie eut ravagé l’édifice précédent.
La voûte principale est recouverte de fresques et de stucs dont les auteurs sont italiens.

Le maître-autel fut réalisé par des artistes venant de Silésie.

Le niveau inférieur de l’autel représente la scène de l’Assomption de Marie, emportée par deux anges. Les quatre évangélistes sont témoins de l’événement.

Au niveau supérieur, la Sainte Trinité attend son arrivée pour la couronner ensuite.

Dans le chœur, au-dessus de l’entrée de la basilique se trouvent des orgues magnifiques. L’armoire est une reconstruction du revêtement de l’instrument fondé en 1725-1727, tandis que l’orgue date des années 1952-1956.

A l’intérieur de l’église, une belle chaire décorée de stuc et des bancs exécutés par un frère menuisier dans les années 1760-1762.

Au fond, sur l’un des murs de côté de la basilique, le portail de Saint Antoine et de Saint Paul de Thèbes, premier ermite.

Nous nous rendons ensuite dans la salle des Chevaliers. Sa construction fut décidée à la moitié du XVIIe siècle, suite à l’affluence massive de pèlerins et à la réputation grandissante du sanctuaire, devenu résidence royale et lieu d’événements marquant pour la nation polonaise.

Elle servit de cadre à de nombreuses manifestations : audiences royales, délibération du sénat. En 1936 le premier synode des évêques de la nouvelle Pologne y eut lieu.

Cette salle, dans laquelle est exposée une copie de l’icône originale, sans ses ornements, est décorée de tableaux du XVIIe siècle, présentant les principaux événements de l’histoire du monastère.

Aujourd’hui elle est aussi décorée de différents drapeaux, dont certains datent de la période de l’entre-deux- guerres.

Notre visite se termine par le deuxième étage du porche d’entrée de la chapelle. A cet endroit son accrochés 18 tableaux qu’un artiste de talent, originaire de la ville, a décidé en l’an 2000 d’offrir au sanctuaire. Cet artiste Jerzy Duda Grucz a retracé le chemin de croix du Christ à travers les rues de Jérusalem, depuis le prétoire de Pilate où il a été condamné

jusqu’au Golgotha où il va mourir.

Le peintre représente le Christ et les témoins de la Passion dans un style très réaliste, en mettant en scène des personnages de son époque.

Son témoignage révèle les raisons de ce choix : « J’ai passé des heures dans mon enfance à prier au pied des remparts du sanctuaire pour la libération de mon père et de mon frère … »

En sortant nous allons voir le musée du 600e anniversaire aménagé en 1982. On peut y voir toutes sortes d’objets, religieux ou non, qui font mémoire de l’histoire de Jasna Góra et de la Pologne.

C’est ici que s’achève notre visite de ce haut lieu de la chrétienté polonaise. Nous y avons senti la présence du pape Jean Paul II, qui est né à Wadowice, non loin d’ici. Il y est venu dans sa jeunesse, puis lorsqu’il était prêtre et évêque de Cracovie et comme nous l’avons vu, six fois alors qu’il était pape.

A la fin de l’après-midi, le Père Jean Lucas célèbre la messe pour notre groupe dans l’une des chapelles du sanctuaire. Notre guide Pavel nous dira le bonheur qu’il a eu d’assister à cette messe en français … !

Sur la route qui nous mène à Cracovie pour notre dernière soirée en Pologne, une petite surprise nous attend… !
Sous prétexte d’une pause, le chauffeur arrête son car sur une aire d’autoroute. En fait nous allons « arroser » anniversaires et fêtes qui ont émaillé notre voyage. Pavel nous a procuré de la vodka et nous prépare un cocktail vodka-jus de pomme.
L’occasion d’esquisser un pas de danse bretonne pour les initiées

et de trinquer à la santé de tous … !

Il est temps pour nous de regagner notre hôtel, le Hilton de l’aéroport de Cracovie. Demain matin nous irons visiter la maison natale de Jean Paul II et le musée qui lui est consacré.