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Pont Calleck

jeudi 12 mai 2016, par Elyane Norvez

Pont Calleck

Un peu frisquet ce matin d’avril. Un peu frisquet mais pas de pluie. Tous les participants (une quarantaine) se sont bien retrouvés au lieu-dit le Pont-Neuf entre Plouay et Berné. Les derniers arrivés, top départ pour le Hameau médiéval. La randonnée démarre par une petite côte qui domine la vallée du Scorff. Ce fleuve long de 75km qui prend sa source dans les Côtes d’Armor sur la commune de Mellionec, poursuit son cours à travers le Morbihan et 2 communes du Finistère. Son réseau hydraulique est très important : 750km de cours d’eau qui traversent le Pays Pourleth, parcourt la vallée de Pontkalleg avant de rejoindre Pont-Scorff point de départ de son estuaire de 12km. Le Scorff alimente en eau potable 19% des Morbihannais.

Nous avançons et découvrons en sous-bois, les arbres caractéristiques de la hêtraie bretonne. Les hêtres et les chênes développent leurs feuilles d’un vert tendre, les poiriers sauvages sont en fleurs comme les aubépines et les genêts. Les ifs sont aussi présents. Les houx, les myrtilles, les mousses, les ronciers sont autant de refuges pour les oiseaux et autres mammifères et insectes. On aurait bien aimé un joli rayon de soleil sur cette forêt printanière !
Cette forêt couvre plus de 500ha. Seigneuriale, elle a été acquise par l’Etat en 1970 et est gérée par l’Office National des Forêts. Avec les années les plantations de résineux (douglas, pin sylvestre, sapin de Vancouver..) et chênes d’Amérique vont augmenter avec pour objectif d’optimiser la productivité. Chaque parcelle est exploitée tous les deux ou trois ans pour le bois de chauffage, le bois d’industrie et le bois d’œuvre.
Tranquillement, nous arrivons au Hameau Médiéval de Ponkalleg où nous attend Jacqueline Le Calvé, permanente au Syndicat du Scorff chargé de la gestion de cette vallée. Spécialisée dans l’histoire locale elle va nous faire mieux appréhender les lieux à travers leur histoire.
Au moyen-âge, la seigneurie de Pontkalleg dispose d’importantes terres où elle installe ses paysans colons. Les vestiges de ce hameau et de son enclos construit au 13ème siècle sur l’emplacement d’un établissement gallo-romain, ont été partiellement restaurés et aménagés entre 2005 et 2008. Ce village n’était pas unique : cinq autres ont été répertoriés dans la forêt. Grâce aux explications de Mme Le Calvé et aux reproductions sur panneaux, nous pouvons imaginer l’histoire du lieu.
Tout naturellement s’enchaîne l’histoire de la seigneurie locale.

Après cette parenthèse historique, nous avons l’honneur de piqueniquer sur ce lieu chargé d’histoire. Marie-Noëlle nous accompagne de ses airs d’accordéon.
Nous poursuivons notre chemin qui descend vers Moulin de Coat Cren. Après avoir marché sur les chemins forestiers, nous utilisons maintenant d’authentiques chemins creux. Le moulin De Coat Cren est implanté sur une courbe du Scorff afin de permettre la construction d’un étang et l’établissement de pêcheries. Le moulin dispose d’une belle roue. Une « passe à poisson » permet le libre passage des espèces. Ce moulin au départ à deux roues a été rehaussé dans les années 50 pour la production de farine. Activité qui cesse en 1970.
Nous reprenons le chemin qui nous mène vers les « prés irrigués ». Un système complexe permettait d’arroser la terre en hiver pour la réchauffer et favoriser la pousse précoce de l’herbe. Cette pratique perdure jusque dans les années 50/60. A partir d’un canal conducteur, d’autres petits canaux sont creusés. L’eau est ensuite dirigée par un système de passes qui permet le débordement de l’eau tout en évitant le ruissellement. Ce travail nécessitait un travail d’entretien important : nettoyages, déplacement des vannes. Mais la qualité du foin était un atout pour la ferme. Le nom breton « flouren » rappelle la douceur de ce foin que l’on coupait très tôt au printemps et qui permettait une deuxième coupe ! Même si ces explications ont laissé perplexes voire septiques nos marcheurs, tout le monde était d’accord sur le côté plaisant de ce chemin entre murs de pierres recouverts d’une épaisse couche de mousse qui longe le Scorff jusqu’au Pont Neuf.
Avant de prendre les voitures pour nous rendre au château de Pontkalleg, l’occasion m’est donnée de raconter l’histoire de la construction de cette route pittoresque que nous devons à l’opiniâtreté et la volonté du Comte Fortuné de Pluvié, Maire de Plouay de 1838 à 1840 et 1869 à 1881 et Conseiller général. Une promenade mouvementée avec le Préfet qui a permis à cet élu de convaincre ce dernier du bien-fondé de sa demande. Un procédé pas très orthodoxe… mais efficace !
Direction le château de Ponkalleg dernière étape de la journée. Une rapide visite à la chapelle Saint Anne des bois, modeste édifice bien restauré et coquet qui abrite un pardon, le lundi de Pentecôte. Pardon qui réunissait jusqu’à 10 000 fidèles. Des souvenirs pour quelques uns !
Une autre chapelle faisant corps avec le château mérite le détour. Elle fut reconstruite en 1966 sur l’emplacement d’une précédente, avec des matériaux récupérés sur la chapelle Sainte Anne du Cloître de Pluméliau. C’est le lieu de prières et des offices pour les religieuses de la communauté de Dominicaines du Saint Esprit qui ont acheté le domaine en 1956.
Nous avançons dans le parc arboré d’énormes rhododendrons : en contrebas, les restes de l’ancien vivier. Le chemin mène à l’ancien étang de 13ha. Suite à une vidange accidentelle en 2011, il a été décidé de ne plus le remettre en eau. Les exigences environnementales pour la remise en état du site s’avérant trop coûteuses. Un choix très douloureux pour la population locale et une perte historique puisque cet étang datait du 13ème siècle.
Au-delà la digue nous nous retrouvons sur le site de la compagnie des hauts fourneaux et forges de Pontkalleg. Ici ce sont les « forges d’en haut". Un panneau explicatif nous permet de découvrir leur fonctionnement qui nécessitait l’eau de l’étang, les charbons fournis par la forêt avoisinante et divers minerai venant de Guidel et de Gourin. Ce site lié aux « forges du bas » près de l’actuel restaurant, fonctionneront jusqu’en 1838.
Retour par un chemin qui nous permet d’apprécier la quiétude de ces lieux voués à l’éducation et au recueillement. Mais avant de partir quoi de mieux que de faire le point sur cette journée autour d’un café ou d’un thé bien chaud agrémenté de gâteaux faits maison ! Les 10 kms parcourus nous ont permis de passer une belle journée de découverte et ce, malgré le froid !
Un lien vers le diaporama de Marie-Noëlle :