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Mardi 24 mai 2016 : de Galway à Castlebar

mardi 28 juin 2016, par Yvette Prigent

Mardi 24 mai 2016 : de Galway à Castlebar

Galway où nous avons passé la nuit est une ville jumelée à Lorient depuis plus de 40 ans et les Irlandais sont très souvent à l’honneur au festival interceltique.
A l’origine, ce n’était qu’un petit village de pécheurs quand le seigneur anglo-normand Richard de Burgo s’en empara. Entre 1270 et 1276, la colonie anglo-normande se dota d’une citadelle et de remparts. On peut voir les vestiges de ces constructions comme l’arche espagnole, en souvenir du commerce avec l’Espagne.

Ils encouragèrent les colons anglais et gallois à venir s’y installer. Le pouvoir se répartit entre 14 familles qui entretenaient des échanges commerciaux avec l’Espagne, le Portugal, la France, les Flandres et la Baltique.
Au 16° siècle elle devint la capitale catholique de l’ouest et la plaque tournante du commerce du vin en Irlande.

Sa prospérité fut mise à mal par la reconquête anglo-protestante. Elle finit par se rendre aux troupes de Cromwell.
Enfin la grande famine lui porta un coup de grâce.
Depuis les années 1970, elle a retrouvé une vitalité et c’est, en population, la quatrième ville de la république d’Irlande après Dublin, Cork et Limerick.
A la sortie de la ville, en bordure de mer, un magnifique golf, comme il y en a tant dans le pays.

En quittant la ville nous passons près de Claddagh, ancien village de pêcheurs de langue gaélique. Son nom est associé à une bague traditionnelle irlandaise. Les origines de cet objet d’art sont narrées dans plusieurs légendes, mais la plus proche de la vérité historique est celle qui raconte l’histoire de Richard Joyce, parti aux Etats Unis, avec l’intention de revenir pour se marier avec celle qu’il aimait. Son bateau fut capturé et il fut vendu à un forgeron Maure. A Alger, avec son nouveau maitre il fut formé à l’art de l’orfèvrerie. Plus tard il fut libéré et retourna chez lui pour épouser sa dulcinée. Pendant le temps qu’il passa chez les Maures, il avait forgé une bague pour témoigner de son amour. A son retour il l’offrit à sa belle et ils se marièrent.

Sur cette bague on peut voir deux mains tenant un cœur, surmonté d’une couronne. On dit que chacun des ces trois éléments symbolise une qualité : le cœur pour l’amour, les mains pour l’amitié et la couronne pour la loyauté.

Les différentes façons de porter la bague sont souvent utilisées pour indiquer si on est libre, ou pas. Traditionnellement, si la bague est à un doigt de la main droite et que le motif est vers l’extérieur, la pointe du cœur pointée vers l’extrémité des doigts, cela indique que la personne portant la bague n’est pas engagée dans une relation sérieuse. Elle est alors probablement célibataire et à la recherche d’une relation. Si la bague est portée à la main droite mais la pointe du cœur dirigée vers le corps, cela indique que la personne est prise, ou que « quelqu’un a capturé son cœur ». La bague portée sur l’annulaire de la main gauche, la pointe du cœur pointée vers l’extrémité des doigts, indique généralement que celui qui la porte est fiancé. Quand elle est portée à l’annulaire de la main gauche, la pointe du cœur dirigée vers le corps, cela signifie que la personne est mariée.

Aujourd’hui nous quittons Galway pour visiter le comté du Connemara. C’est une région très particulière avec de nombreux lacs que surplombent des pics rocheux.

La terre est pauvre, couverte de tourbières dont les habitants extraient le turf pour se chauffer. Ca et là, quelques moutons et quelques vaches qui cherchent leur maigre pitance
Dans ce comté on parle gaélique et les panneaux sont dans les deux langues.

La population y vit de quelques usines de souvenirs, du tourisme, du ramassage des algues pour la Chine, la Hollande la Suède et la Norvège.

Le Connemara est une région montagneuse avec les pics des Twelve Bens, exposée au vent et à l’humidité constante, ce qui la rend si sauvage et si difficile.

Un premier arrêt pour voir ces petits murs qui ont été construits pendant la grande famine, avec des pierres enlevées des champs pour y essayer quelques cultures.

et perdu dans cette nature hostile, au milieu de nulle part, un pub.

Un autre arrêt dans une région plus montagneuse pour admirer « l’ambassade des Japonais » et une cascade de Guinness… !

Arrivée à Maam Cross célèbre pour ses marchés de poneys du Connemara. Nous prenons la direction de Clifden.

Malgré les injonctions de Margareth, Robert nous conduit avec son car sur la route du ciel, la Sky Road.

Au départ découverte de la baie de Clifden, puis peu à peu, la route prend de la hauteur. Elle laisse en contrebas, les ruines du château de John d’Arcy, le fondateur de la ville de Clifden,

pour grimper rapidement vers les hauteurs de la presqu’ile

jusqu’à un parking d’où l’on peut admirer le paysage.

On comprend pourquoi Margareth hésitait à nous faire emprunter cette route : par endroit deux voitures ne peuvent se croiser, alors imaginez un car … ! Merci à Robert d’avoir eu l’audace de la prendre.

En cette fin de matinée, nous arrivons à l’Abbaye de Kilemore, construite au pied d’une montagne, au bord d’un lac du même nom.

C’est un riche anglais, Mitchell Henry qui fit construire ce château pour sa femme Margaret d’origine irlandaise. Il fut achevé en 1868 dans le style néogothique. Malheureusement Margaret décède en 1874 et le château est laissé à l’abandon. Des religieuses bénédictines, venues de Belgique, chassées de leur couvent pendant la première guerre mondiale, le rachètent. Elles en font un internat qu’elles ouvrent en 1923. L’école a cessé de fonctionner en 2010.

Sur la colline une statue érigée par les religieuses quand elles eurent fini de payer le château. On peut s’y rendre à pied

Nous déjeunons près du château avant de reprendre la route pour le lac Inagh et d’aller visiter la ferme pédagogique de Dan O’Hara où l’on va nous initier à la découpe et à la préparation de la tourbe qui est utilisée comme moyen de chauffage en remplacement du bois dans bien des foyers irlandais.

Nous arrivons au pied d’une colline et embarquons dans deux wagons tirés par des tracteurs pour gravir le petit sentier qui mène à la tourbière et un peu plus haut à la maison de Dan O’Hara.

Cette ferme aux volets rouges et au toit de chaume nous accueille autour de sa cheminée où la tourbe se consume lentement

Le guide nous raconte alors l’histoire de cette famille de fermiers pauvres du Connemara, qui suite à la grande famine de 1845 se retrouve expulsée de sa ferme et doit quitter l’Irlande pour l’Amérique et l’espérance d’un monde meilleur.

Une histoire tragique parce que durant ce voyage sa femme et trois des enfants meurent. Arrivé à New York, sans argent, Dan O’Hara est obligé de placer ses enfants et de vendre des allumettes dans la ville pour survivre. Malheureusement pour lui il ne reverra pas son Irlande natale

Après cette histoire triste, notre conteur nous remonte le moral en nous offrant un petit verre de poteen, cet alcool très fort, préparé à base d’épluchures de pommes de terre et qui peut titrer 60 % d’alcool, voire plus. La tradition du poteen remonte au 17° siècle, lorsque les Anglais décrétèrent de lourdes taxes sur les alcools distillés. Les Irlandais, réfractaires à tout règlement de cette nature, s’empressèrent de distiller clandestinement avec la denrée la plus courante : la pomme de terre. Le poteen est devenu le symbole d’une population rebelle. Toujours interdit, il est encore fabriqué dans le plus grand secret.

Nous retournons dans nos wagons pour redescendre au lieu où notre guide nous explique la fabrication et l’extraction de la tourbe.

Les tourbières représentent 16% de la surface de l’île. L’épaisseur varie de 2 m à 7 m selon les régions. Ce sont des zones particulièrement humides : voilà pourquoi l’Irlande est l’un des pays en possédant autant de tourbières. Les précipitations y sont régulières et abondantes, et permettent ainsi d’entretenir une humidité importante dans des milieux naturels. Agées de 8000 ans pour certaines, elles gardent trace de toute l’histoire d’une région : débris de feuilles, racines, brindilles, fleur, graines, bois, plantes … La tourbe s’élabore à raison de 5 cm par siècle.

Les différentes étapes de l’exploitation de la tourbe
Ouverture d’un banc de tourbe : la végétation de surface et les racines sont tranchées à l’aide d’une bêche. Une première bande de tourbe est ainsi dégagée.
Découpe de la tourbe : les mottes sont débitées à l’aide d’une bêche à deux lames perpendiculaires qui débitent des mottes d’environ 20 cm de long.

Étalement : les mottes gorgées d’eau sont étendues et espacées pour sécher au soleil et au vent.
Dressage : lorsqu’elles sont fermes, les mottes sont dressées afin d’accélérer la dessiccation.

Elles perdent alors une grande partie de leur eau et de leur volume.

Empilement : les mottes séchées sont empilées et parfois recouvertes de paille, afin de passer l’hiver sur la tourbière. Elles peuvent aussi être stockées au sec.

Dans tous les cas elles seron utilisées comme combustibles.

Puis nous continuons notre route en direction de Castelbar dans le comté du Mayo où nous dormons ce soir. Nous passons par le fjord de Killary avec ses parcs à moules

et au fond du bras de mer,le petit village de Leenane et son cimetière au bord de l’eau.

Plus loin vers le nord le Croagh Patrick, colline sacrée que des milliers de pèlerins gravissent le dernier dimanche de juillet.

Saint Patrick y aurait jeûné pendant 40 jours en 441, puis agité une clochette pour bannir à jamais tous les serpents du pays … !

Au pied de la montagne, une sculpture de « bateau-cercueil » rappelant encore la période de la grande famine.

Ce soir nous dinons et dormons à Castlebar, dans le comté du Mayo. Demain nous irons encore plus au nord, dans le comté du Donegal.