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Jeudi 26 mai 2016 : de Milford à Belfast

mardi 28 juin 2016, par Yvette Prigent

Jeudi 26 mai 2016 : de Milford à Belfast

Ce matin nous quittons Milford pour prendre la direction de l’Irlande du nord. Margareth reprend encore l’histoire du pays qui aboutit en décembre 1921 au traité anglo-irlandais donnant l’indépendance à 26 comtés du sud, tandis que 6 comtés du nord se voient accorder un statut d’autonomie à l’intérieur du Royaume-Uni.

Nous en étions restés hier à la christianisation du pays par Saint Patrick. Vinrent ensuite les Vikings à la fin du VIII° siècle. Ils fondèrent la plupart des villes côtières comme Dublin, Cork et Limerick.

Au 11° siècle les Anglo-normands envahissent le pays. C’en était fait, dès lors, et pour de nombreux siècles de l’indépendance irlandaise. En quelques générations, la quasi-totalité de l’Irlande devint une possession de la couronne anglo-normande. Il y eut ça et là des ilots de résistance et au 14° siècle, certains essayèrent sans succès de reconquérir une partie de l’île.

Au 15° siècle certaines familles comme les Fitzgerald de Kildare réussissent à obtenir quelques pouvoirs comme celui de lever directement les impôts. Cela fut de courte durée parce qu’à l’arrivée sur le trône du roi Henri VIII, celui-ci voulut reprendre en main ses possessions et se proclama roi d’Irlande en 1541. Il prononça la dissolution des ordres monastiques, et exigea des seigneurs irlandais qu’ils aient leurs terres sous contrat de droit anglais. Ses deux filles, Mary et Elisabeth reprirent le flambeau après sa mort.
A la fin du 16° siècle, malgré quelques soulèvements, la loi anglaise fut étendue à toute l’Irlande. O’Neil et les comtes irlandais décident de quitter le pays en 1607, laissant les catholiques d’Ulster sans protection face aux visées dominatrices de Londres.

Ce fut le début du processus colonial. Les colons protestants s’octroient les terres les plus riches et fondent des villes comme Londonderry que nous allons visiter ce matin.
Les liens formés entre protestants et autorités anglaises conduisent la province à demander son rattachement au Royaume-Uni lors du traité de 1921, mais les trois comtés à forte population catholique – Donegal, Monaghan et Cavan – y échappent et sont rattachés à la République d’Irlande.

En Ulster les catholiques, devenus minoritaires, se voient spoliés de certains droits politiques, électoraux, sociaux. A Derry ils résidaient principalement dans le Bogside où dans les années 1950-1960 on construisit des immeubles sinistres.

Au début des années 1970, le chômage vint attiser la révolte, et le Bogside s’érigea en une sorte de Commune libre qui fut durement réprimée. Lors de la manifestation du Bloody Sunday (Dimanche sanglant) le 30 janvier 1972, les militaires britanniques tirèrent sur un cortège de 20 000 personnes qui protestaient pacifiquement contre les lois qui permettaient des internements sans jugement. Il y eut 13 victimes et ce n’est qu’en 1998 que les autorités se décidèrent à ouvrir l’enquête sur la responsabilité de ce massacre.

Le premier quartier de la ville de Derry que nous visitons relate sur ses murs ces événements sanglants. Le Bog side , le côté de la tourbière, quartier populeux et ouvrier, était le lieu de résidence des catholiques humiliés et opprimés que le suffrage censitaire privait de leurs droits. On entretient soigneusement les peintures de l’époque

Pour commencer le parcours, l’inscription : « You are now entering Free Derry » : « vous entrez maintenant dans le Derry libre »,

Ces mots furent peints pour la première fois à quelques mètres de là en janvier 1969, après que les habitants eurent érigé des barricades pour empêcher la police royaliste d’Ulster de patrouiller. S’ensuivirent trois jours d’émeutes et d’affrontements portant le nom de « bataille du bogside »

A suivre une série de peintures retraçant les événements qui se sont déroulés dans la ville à cette époque

Mais peu à peu la paix est revenue

Nous prenons ensuite la direction des remparts de la ville qui ont aussi leur histoire, plus ancienne que celle du Bogside.

Entourant la vieille ville sur une longueur de 1,6 km, les remparts ont été construits entre 1613 et 1618 à l’initiative d’une organisation à la fois commerciale et militaire, chargée de gérer Derry et sa région pour le compte des corporations londoniennes.

Pour commenter la visite, une guide locale nous accompagne. Nous entrons dans la ville ancienne par l’une des quatre portes d’origine, bien que reconstruite en 1866, la Ferryquay gate. Elle menait probablement au ferry et plus tard au premier pont de la ville.

C’est cette porte qui le 7 décembre 1688 fût fermée par 13 apprentis pour empêcher les armées catholiques de Jacques II de pénétrer dans la ville pour la reprendre aux protestants. Le siège dura 105 jours et 7000 habitants, sur les 30 000 que comptait la ville, moururent de faim.

Un escalier nous permet de monter sur les remparts et d’en découvrir l’intérieur et l’extérieur. D’une hauteur qui peut atteindre 6 m pour une largeur de 9m, ils ceinturent la vieille ville.

Du haut des remparts, nous observons vers l’extérieur, Fountain, le quartier protestant. Difficile de ne pas le remarquer : ses bords de trottoirs et ses lampadaires ont été peints en bleu blanc rouge, aux couleurs du Royaume-Uni.

Sur un mur : « Les loyalistes de la rive ouest de Londonderry toujours assiégés, pas de reddition ». Les expressions « assiégés » et « pas de reddition » peuvent surprendre quand on sait que les Irlandais catholiques de l’Ulster se trouvent sous domination britannique depuis le XVIe siècle. Mais pour les protestants, l’expression « no surrender » est historique :

Elle date du fameux siège de 1689, lorsque les 13 apprentis fermèrent les portes et que les Orangistes (protestants) refusèrent de se soumettre aux Jacobins (catholiques), criant « No surrender ».

En souvenir des sièges qui ont émaillé l’histoire de la ville, des canons qui l’ont défendue sont encore exposés.

La cathédrale Saint Columba, construite entre 1628 et 1633, est la plus ancienne cathédrale d’Irlande.

Pendant le siège de 1689 le plomb de la flèche fut utilisé pour l’artillerie et deux canons furent installés sur la tour pour assurer la défense de la ville.

Un peu plus loin nous arrivons à une autre porte : Bishop’s Gate : la porte de l’évêque qui est l’une des quatre portes originales de la ville. Elle a été reconstruite en 1789. En regardant vers le centre ville, on a en point de mire la tour à horloge de la Guildhall dans le style de Big Ben.

Sur la même photo nous pouvons voir un mémorial sur la place centrale de la vieille ville. Il est dédié aux soldats de la première guerre mondiale

A quelques mètres de là, nous avons vue sur la partie catholique de la ville, le Bogside, avec ses maisons mitoyennes en brique rouge

ses murs peints de fresques

et sa cathédrale St Eugene.

Sur la colline également le cimetière où sont enterrés catholiques et protestants.

Puis nous empruntons – toujours sur les remparts - la grande parade, utilisée comme promenade au XIX° siècle. C’est là aussi que défilaient les Orangistes en narguant les Catholiques du Bogside.

Sur cette parade, une petite église néo-gothique, St Augustine’s Church, datant de 1872. Elle a été construite sur le site d’une église médiévale.

Un peu plus bas, la maison des apprentis,

puis la première église presbytérienne de Derry, construite avant 1780 sur le site d’une église antérieure, fondée en 1690. Le fronton a été ajouté en 1828.

Avant de quitter la vieille ville nous faisons un détour par un petit village, constitué d’un ensemble de vieilles maisons réhabilitées en 1996 pour dynamiser le cœur de Derry.

Il accueille des boutiques artisanales.

Nous sortons par une porte qui donne accès à la place du Guildhall et ses jets d’eau.

De style néogothique cet édifice a été construit en grès rouge en 1890.

Dans le jardin attenant, la flamme de la paix.

En quittant Derry, nous passons devant un monument Hands Across the Divide représentant deux hommes tendant la main l’un vers l’autre, sans toute fois se résoudre à se toucher. Un symbole qui traduit ici toute la complexité du conflit nord-irlandais

Après le déjeuner à Coleraine, nous prenons la route vers la côte nord. Nous longeons la mer et passons par les stations balnéaires de Porstewart et Portrush. Elles sont célèbres pour leurs terrains de golf et Rory Mcllroy, champion irlandais a comme club d’attache celui de Portrush.


Un peu plus loin nous apercevons la silhouette de Dunluce Castle, cette forteresse du XVI° siècle qui se dresse entre ciel et mer au bord d’une falaise, à 30 m au dessus des vagues.

A l’origine le château fut construit par une famille écossaise, alliée aux Irlandais, contre les Anglais. Puis au XVII° siècle il devint une résidence luxueuse. C’est à cette époque qu’eut lieu un drame terrible : un soir de 1635, le pan de la falaise sur lequel étaient bâties les cuisines s’effondra, précipitant dans la mer cuisiniers et marmitons. Depuis cet épisode la bâtisse a été abandonnée et il ne reste que des ruines.
Nous prenons la direction de la Chaussée des Géants, à l’extrême nord, sur la côte qui fait face à l’Ecosse. On accède au site en passant par le centre d’accueil

La formation ne s’est pas faite en un jour et tous les éléments, la terre, le feu, l’eau et l’air ont conjugué leur puissance pour créer le paysage que nous découvrons.
L’origine remonte à 60 millions d’années … ! A cette époque des coulées de lave s’échappent du sol et en refroidissant forment un grand plateau de basalte. Par la suite un réchauffement climatique et de fortes précipitations ont fracturé la couche supérieure de basalte et créé des fissures. Celles-ci se sont propagées en trois branches, espacées les unes des autres de 120°. Les fissures se sont rejointes pour former des formes polygonales, pareilles à celles qui se manifestent quand un sol boueux se met à sécher.

Ce phénomène s’est reproduit au cours des 40 millions d’années qui ont suivi. Puis il y a trois millions d’années, pendant la dernière époque glaciaire, une calotte de glace a recouvert l’hémisphère Nord. Lorsqu’elle s’est retirée un million d’années plus tard, les 40 000 colonnes de la Chaussée sont enfin apparues au grand jour. Exposé aux effets du vent et des vagues, ce site extraordinaire a continué de se transformer.
La Chaussée des Géants se divise en trois parties : la Petite Chaussée, la Chaussée du Milieu et la Grande Chaussée


Pendant que géologues, scientifiques et vulcanologues débattent des origines de la Chaussée des Géants, pour certains il n’existe qu’une seule version possible des faits : c’ est l’œuvre d’un géant Finn McCool. Celui-ci vivait une vie tranquille avec sa famille, ici sur la côte de l’Irlande du Nord. Il avait toutefois des rivaux, d’autres géants.

C’est ainsi qu’il provoqua en duel Benandonner, son voisin écossais. Il se mit à construire la Chaussée des Géants pour qu’ils puisent se rencontrer et en découdre.
Cependant, alors qu’il approchait des côtes écossaisses, Finn aperçut Benandonner au loin et se rendit compte que son rival était bien plus grand et plus fort qu’il lui avait semblé depuis l’autre rive. Finn décida qu’il n’avait plus envie de se mesurer à lui et tourna les talons pour rentrer chez lui aussi vite que possible.
Finn retrouva sa femme Oonaghet et lui expliqua la terrible erreur. Elle, qui était très astucieuse, eut l’idée de déguiser Finn en bébé et de le coucher. dans un berceau

A ce moment-là Benandonner frappa à la porte et demanda à voir Finn. Oonagh lui raconta qu’il était absent pour le moment, mais qu’il allait revenir. En attendant, elle lui présenta son fils. Quand Benandonner vit le bébé du géant dans son berceau, il prit peur en imaginant la taille que pouvait avoir le père au vu de celle du bébé.

Il sortit immédiatement de la maison, prit ses jambes à son cou et traversa la Chaussée pour rentrer chez lui, tout en prenant soin de la détruire sur son passage pour s’assurer que Finn ne puisse pas le suivre. On peut voir l’autre côté de la Chaussée des Géants, sur l’île écossaise de Staffa… !

Certains courageux de notre groupe sont retournés au point de départ en empruntant un chemin à flanc de colline, ce qui donne des photos presque vues du ciel de l’ensemble du site.

Sur la route en direction de Belfast où nous dormirons ce soir, notre guide arrête le bus pour voir un pont de corde qui relie la côte à un rocher appelé Carrick-a-Rede qui signifie le « rocher sur la route ». C’est un lieu où les saumons remontant vers les frayères sont déviés dans leur course. En conséquence les pêcheurs y installent leurs filets depuis près de 400 ans.

La traversée du pont n’est possible que s’il n’y a pas de vent et marcher à 25 m, au dessus de l’eau, sur un ouvrage qui bouge peut être impressionnant… !

Par temps clair, de ce même point de vue, on peut apercevoir les côtes écossaises, mais aujourd’hui ce n’est pas le cas.

Nous reprenons la route pour Belfast, but ultime de notre journée.
Capitale de l’Irlande du nord, elle occupe un estuaire de la côte est au débouché de la rivière Lagan. Au XVII° siècle, Belfast n’est qu’un village et c’est la construction d’un quai pour les navires de commerce qui favorise le développement de la ville. A la même époque l’arrivée de colons presbytériens écossais l’ancra dans une tradition protestante et industrieuse, renforcée par la venue de huguenots français qui contribuèrent au développement de la culture du lin dans l’arrière-pays.

Puis aux XVIII° et XIX ° siècles, Belfast devint le premier centre de construction navale du Royaume-Uni. C’est dans les chantiers Harland & Wolff que fut construit, entre autres, le célèbre Titanic en 1911. A l’époque près de 30 000 ouvriers travaillaient sur ces chantiers.

A la fin du XVIII° siècle la prospérité de la ville favorisa l’éclosion d’une bourgeoisie protestante libérale désireuse de s’affranchir des contraintes imposées par Londres. C’est là qu’un protestant créa en 1791 la société des United Irishmen qui devait conduire à la révolte de 1798. Dans les décennies qui suivirent, l’essor économique de Belfast contrastait avec la famine et la misère qui sévissaient dans le reste du pays, et en particulier chez les catholiques.

Cette dualité nourrie par l’émergence d’un prolétariat catholique privé de droits civiques, contribua à l’accumulation de haines et de rancœurs qui furent accentuées par la partition de l’Irlande en 1921. Dès lors Belfast se trouva au cœur des affrontements intercommunautaires meurtriers qui secouèrent l’Irlande du Nord jusqu’au cessez-le-feu de 1994. Les attentats meurtriers commandités par l’IRA (catholique) et les milices protestantes (UVF) dureront plus de trente ans, faisant 3280 morts ainsi que des emprisonnements sans jugement des membres de l’IRA.

Chaque membre possédait ses martyrs. En 1979 l’assassinat par l’IRA de l’oncle du mari de la Reine, lord Mountbatten et de son petit-fils bouleversa le monde entier. Deux ans plus tard, la mort en prison, suite à une grève de la faim de 66 jours, du militant nationalisme Bobby Sands, alors qu’il venait d’être élu au Parlement de Londres, plongea la communauté catholique dans la consternation. La ville garde encore la mémoire de ces événements. Les murs de la paix ont été érigés à cette l’époque pour séparer les différents quartiers. Ces murs ont été montés par les forces de l’ordre souhaitant remplacer leurs barricades par des structures plus solides. Ces murs possédaient à l’époque des points de passage contrôlés où la population pouvait aller et venir dans la journée, sous la surveillance assidue des forces militaires. Tout passage était interdit pendant la nuit.

Beaucoup d’en eux sont toujours en place et servent de support pour des fresques murales qui permettent de mieux comprendre l’histoire mouvementée de l’Irlande du Nord.

Ces murs sont en passe d’être détruits d’ici quelques années.

Notre parcours en car dans la ville nous fait découvrir certains quartiers et certains bâtiments.
La Queen’s University, avec son imposante façade de briques rouges, a été construite sur le modèle d’une université d’Oxford.

Tout près de là se trouvent les jardins botaniques. Près de la porte d’entrée la statue de Lord Kelvin, astrophysicien, né en cette ville et qui a codifié une échelle de température qui porte son nom.

En plein carrefour l’Albert Memorial Clock Tower. Cette tour de 35 m de haut a été érigée en l’honneur du prince Albert, époux de la Reine Victoria

et un peu plus loin une autre tour sur laquelle on commémore les 100 ans des émeutes de 1916

Puis nous nous dirigeons vers les quais, lieux des chantiers navals de Harland et Wolff, fondés en 1862, où fut construit le Titanic. Les quais sont dominés par la silhouette des deux grues géantes de Goliath et Samson aux initiales de H & W.

Un musée a été ouvert en mémoire du bateau sorti des chantiers et qui coula en 1911.

Après ce tour de la ville, nous regagnons notre hôtel dans la banlieue de Belfast.

Demain matin nous quittons l’Irlande du Nord pour retourner en République d’Irlande, et visiter sa capitale Dublin