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Vendredi 27 mai 2016 : de Belfast à Dublin

mardi 26 juillet 2016, par Yvette Prigent

Vendredi 27 mai 2016 : de Belfast à Dublin

Ce matin nous quittons Belfast pour retourner en République d’Irlande visiter Dublin. C’est la capitale du pays et elle a célébré le millénaire de sa fondation en 1988.
Lorsque les Vikings arrivèrent sur la côte est au IX° siècle, ils donnèrent de l’importance à la ville qui commençait à se développer. Les occupants suivants furent les aventuriers anglo-normands, envoyés par Henri II d’Angleterre en 1169 en réponse à une demande de prendre les armes de la part de Dermott Mac Murrough, le roi déchu du Leinster, la province où se trouvent les falaises de Moher. Ce fut le début d’un processus de colonisation qui aurait posé les bases du développement de l’Irlande. Les Anglo-normands transformèrent la ville viking de Dublin en une forteresse médiévale et les structures en bois des cathédrales de Christ Church et de Saint Patrick furent démolies et reconstruites en pierres.
Dès le XVIII° siècle la ville est en plein essor. Elle devient une vraie capitale avec la victoire de Guillaume d’Orange en 1690, sur les troupes catholiques de Jacques II. Le souvenir de cette bataille est célébré tous les ans le 12 juillet et cela donne lieu encore quelquefois à des affrontements entre les deux communautés.
La ville continue à se développer avec la construction d’hôtels particuliers que peuvent s’offrir les colons anglais. En 1800 elle compte 200 000 habitants.
En 1801, l’acte d’union avec la Grande-Bretagne supprime le parlement de Dublin et un long déclin économique s’amorce. Parlementaires et grands propriétaires se retirent, tandis que les paysans pauvres affluent pour trouver du travail, notamment lors de la grande famine de 1845.
Tout au long du XIX° siècle, elle est au centre des mouvements indépendantistes et culturels. C’est à Dublin que commence un jour de Pâques 1916 la longue route vers l’indépendance. Une route semée de morts, de ruines et de martyrs. Cette année la ville a commémoré le centenaire l’événement en apposant sur la façade de la maison des syndicats des grands panneaux reproduisant le texte de la déclaration.

Il faut attendre 1949 pour que la République soit proclamée et que Dublin devienne la capitale administrative et culturelle du jeune Etat.
C’est aujourd’hui une ville très animée, forte de près d’un million d’habitants dont la moitié a moins de 25 ans.

Notre première visite sera pour la plus ancienne université du pays : Trinity College. Elle fût fondée en 1592 par la Reine Elisabeth 1re d’Angleterre. Jusque-là, la classe dirigeante des Anglo-Irlandais protestants, envoyait ses enfants sur le continent pour les former. Ils couraient le risque d’être endoctrinés par le papisme. L’admission est réservée uniquement aux protestants jusqu’en 1873 et interdite aux femmes de toutes confessions avant 1903. Jusqu’en 1966, les Catholiques qui étudiaient au Trinity devaient obtenir une dispense spéciale de leur archevêque sans quoi ils risquaient l’excommunication.

C’est dans cette université qu’est conservé le livre de Kells, objet principal de notre visite.

Pour accéder à la salle où l’œuvre peut être vue, il faut être patient.

Les photos ne sont pas autorisées là où le livre est exposé. Internet en fournira quelques unes qui montrent la richesse de l’ouvrage. Ce livre, qui est une copie des quatre évangiles, fut probablement réalisé par des moines écossais qui ont commencé à l’écrire à la fin du VII° siècle dans un monastère de l’île d’Iona. Saint Columba (521 -597 ap J.C.) aurait peut-être lui-même participé à son écriture au tout début.

Après l’attaque du monastère par les Vikings, les religieux se réfugient à Kells pour terminer l’ouvrage.
En 1007, le livre disparait lors d’un pillage, puis réapparait miraculeusement trois mois plus tard. En 1016 Kells est incendié mais le manuscrit est encore sauvé.

Il reste à Kells jusqu’en 1654, date à laquelle il est transféré à Dublin pour plus de sureté. Il fut présenté aux universitaires du Trinity College en 1661 et depuis cette date il n’a plus quitté ces lieux. Il fait l’objet depuis le XIX° siècle d’une exposition permanente et ouverte au public, à la vieille bibliothèque.
Le manuscrit a été relié plusieurs fois au cours des siècles. Certaines pages ont ainsi perdu une partie de leurs illustrations. En 1953, l’œuvre fut finalement scindée en quatre volumes.

Dans son état actuel le livre de Kells offre le texte intégral des Evangiles selon Matthieu, selon Marc et selon Luc. L’Evangile selon Saint Jean n’est reproduit que partiellement et a sans doute été volé au cours de ses pérégrinations. A aussi disparu la couverture couverte d’or avec des incrustations de pierres précieuses

Il est composé de 680 pages en velin, à raison d’un demi-veau par page. Il est écrit en lettres majuscules, à la rare exception de quelques minuscules. On a pu identifier au moins trois copistes qui utilisaient des encres de couleurs différentes et qui reproduisaient un nombre de lignes différent par page.


Le manuscrit contient des pleines pages de motifs ornementaux, ainsi que de plus petites décorations accompagnant les pages de textes.

Une large palette de couleurs (33) est utilisée pour la décoration : du mauve, du rouge, du rose, du vert, du jaune. Les pigments nécessaires aux illustrations ont dû être importés de toute l’Europe : le noir est tiré de la bougie, le rouge du réalgar (sulfure d’arsenic), le jaune de l’orpiment (sulfure d’arsenic avec traces de mercure), le vert émeraude de la malachite broyée, le bleu du lapis-lazuli provenant d’Afghanistan.

Nous continuons la visite de l’université en entrant dans la salle principale de la Vieille Bibliothèque, appelée Long Room .

Longue de presque 65m, elle contient quelque 200 000 volumes parmi les plus anciens conservés à Trinity College. A l’origine, son plafond en plâtre était plat. Les rayonnages pour les livres occupaient le niveau inférieur et une galerie ouverte le niveau supérieur.

Dans les années 1850, ces rayonnages étaient saturés. En 1860 la toiture fut donc rehaussée, afin de permettre la construction de la voûte en berceau et des rayons de la mezzanine que l’on voit aujourd’hui.

Les bustes en marbre placés de part et d’autre de la Galerie, proviennent d’une collection commencée en 1743, date à laquelle une commande de 14 bustes fut confiée à un sculpteur.

Cette collection s’est agrandie au fil du temps.

Une harpe, exposée dans une vitrine, est la plus ancienne d’Irlande et date probablement du XV° siècle. Faite de chêne et de bois de saule, avec des cordes en laiton, elle figure sur la monnaie irlandaise en sa qualité d’emblème de l’époque bardique.

Autre trésor : un des rares exemplaires de la Proclamation de la République d’Irlande est aussi exposé. Proclamé devant l’hôtel des Postes le 24 avril, ce texte marqua le début du soulèvement de Pâques 1916.

Il ne reste plus qu’une douzaine de versions de cette affiche, tirée à 2500 exemplaires.

Nous terminons la visite par une balade dans les jardins. Ils s’articulent autour de cours communiquant entre elles. Sur la plus grande d’entre elles, un campanile victorien est censé se tenir à l’emplacement qu’occupait autrefois le maître-autel d’un ancien prieuré sur lequel a été construite l’université.

A côté du campanile la statue de l’un de ses anciens directeurs George Salmon.

Derrière le campanile la cité universitaire en briques rouges est le plus ancien ensemble de bâtiments du College. Sur la pelouse une sculpture en bronze de Henry Moore.

Non loin de là d’autres logements étudiants et des courts de tennis où des sportifs se défoulent.

Beaucoup de personnalités anglo-irlandaises célèbres ont étudié au Trinity comme l’écrivain Jonathan Swift dont nous verrons la tombe dans la cathédrale Saint Patrick, Oscar Wilde, le prix Nobel Samuel Beckett …

D’autres sculptures comme celle d’Arnaldo Pomodoro. Elle représente 2 sphères incluses l’une dans l’autre. Celle de l’intérieur symbolise la terre et celle de l’extérieur la Chrétienté.

Un peu plus loin une œuvre de l’américain Alexandre Calder.

Après cette visite nous allons déguster un ragout de mouton dans un restaurant de la ville.

Notre après-midi commence par la découverte de l’ancien site de la brasserie Guinness, reconverti en musée, dédié à la découverte de l’élaboration de cette fameuse boisson.

C’est une vraie cathédrale de briques de verre et d’acier.

Du grand spectacle : cascades artificielles, batterie d’escalators.

On nous immerge dans le monde de la Guinness avec ses secrets de fabrication. L’antique brasserie fut crée en 1759 par Arthur Guiness sur les bords de la rivière Liffey qui sépare la ville en deux.

Dans un brouhaha notre guide nous mène de bas en haut de la tour en nous vantant les différentes étapes de la fabrication de cette bière qui est une institution : il s’en boit 10 millions de verres par jour dans le monde. Une petite dégustation à mi-parcours

Tout se termine, pinte en main, au sommet, d’où la vue plonge sur toute la ville de Dublin.

Pour finir la journée nous nous dirigeons vers la Cathédrale Saint Patrick.

Dédiée au culte protestant, la cathédrale s’élève à l’emplacement de la source où l’ancien patron de l’Irlande aurait baptisé ses premiers fidèles.

Elle fut édifiée au XII° siècle. L’édifice dans sa forme actuelle date de la première moitié du XIII°.
Il a été remanié à maintes reprises et largement restauré au XIX° siècle grâce à Benjamin Lee Guinness.

Dès l’entrée une plaque de cuivre au sol marque la discrète tombe de Jonathan Swift, ancien étudiant du Trinty College, puis écrivain et doyen de Saint Patrick de 1713 à 1745. Près de lui la tombe de Stella, sa nièce et sa compagne, Esther Johnson.

Le masque mortuaire de Swift, ainsi que divers objets personnels (comme le moulage de son crâne) sont exposés.

La chaire mobile de Swift.

On remarque aussi le carrelage très coloré, avec des carreaux représentant des motifs floraux.

Un imposant monument funéraire, composé de statues polychromes, représentant les membres de la famille Boyle.

La porte de l’ancienne salle capitulaire présente un trou qui a, dit-on, permis au comte de Kildare et au comte d’Ormonde de se serrer la main à travers l’orifice, afin de sceller la paix après des années de vendetta sanglante au XVI° siècle.

Le chœur est particulièrement remarquable. Il servait de chapelle aux chevaliers du Très Illustre Ordre de Saint-Patrick. Si cet ordre de chevalerie n’existe plus depuis 1922 et l’indépendance de la République d’Irlande, la chapelle est conservée et a même été restaurée dans son dernier état.

On y trouve les stalles dans lesquelles les chevaliers s’installaient lors des cérémonies, surmontées des cimiers portant leur emblème personnel et un drapeau portant leurs armoiries.

Dans la cathédrale également, la pierre d’un puits qui a été mise à jour en 1901 au moment de la restauration de l’édifice.

Quand nous quittons les lieux, un office commence, dont nous entendrons les premiers cantiques.

Ce soir nous couchons à Dublin et la soirée se termine par un repas spectacle, animé par un groupe de chanteurs, danseurs et danseuses irlandais.

Un danseur français a même brillé par son savoir-faire... !

Ainsi s’achève notre dernière soirée irlandaise. Demain nous prenons la route du retour vers la Bretagne, direction Cork où nous attend le Pont-Aven.

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