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Conférence du Père Rivalain

jeudi 4 avril 2019, par Anne-Marie Kergourlay

La place de la femme dans l’Eglise, Une richesse à partager. Conférence du Père Rivalain

La Bible

Les Chrétiens n’ont pas une lecture « intégriste » de la Bible.
Le monde de la Bible est une société patriarcale : Le rôle de la femme est d’avoir des enfants et de servir son mari. La femme y est un personnage de second rang. On lui demande d’être fidèle à son mari, alors que son mari peut être infidèle.
L’accès au temple lui est limité, voire interdit. Le plan du temple de Jérusalem est précis : Le Saint pour les prêtres, le Saint des Saints pour le Grand prêtre, un premier parvis pour les Lévites qui font les sacrifices, le Parvis des hommes (Cour d’Israël) et plus loin, le Parvis des femmes. Puis la Cour des Gentils, les non-juifs convertis.

Les Hommes doivent se soumettre aux règles de pureté en se lavant les mains.
La femme est « impure » pendant ses règles ou après son accouchement.
La Bible est inscrite dans la société.
Le livre de la Genèse : La création de l’homme et de la femme
La Bible en fait deux récits :
 "Dieu dit : Faisons les humains à notre image, selon notre ressemblance, pour qu’ils dominent sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur toutes les bestioles qui fourmillent sur la terre. Dieu créa les humains à son image : il les créa à l’image de Dieu ; homme et femme il les créa." (Genèse 1.26-28)

 "Le Seigneur Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je vais lui faire une aide qui sera son vis-à-vis." (Genèse 2.18)
"Alors le Seigneur Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit ; il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Le Seigneur Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise à l’homme, et il l’amena vers l’homme." (Genèse 2.21-22)
"L’homme dit : Cette fois c’est l’os de mes os, la chair de ma chair. Celle-ci, on l’appellera « femme », car c’est de l’homme qu’elle a été prise." (Genèse 2.23)
C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair.
Le Plan de Dieu va se réaliser par les femmes :
Sarah, épouse d’Abraham : Elle vécut avec Abraham pendant toute sa vie et, bien qu’elle fût stérile, Dieu lui promit la naissance prophétique d’un fils Ishaq et d’un petit-fils du nom de Ya`qoûb Jacob.
D’autres femmes font parler d’elle :
Rebecca, femme de Jacob, Rachel, Myriam qui chante les louanges de Dieu après la sortie d’Egypte, Esther épouse d’un roi païen assyrien pèse de tout son poids pour que son peuple soit protégé de la destruction. Judith, Elle écarte la menace d’une invasion assyrienne en décapitant le général ennemi Holopherne.


Dans les Evangiles

Jésus naît et grandit dans une société où la femme a un statut civil et religieux inférieurs.
La loi demande de protéger la veuve qui ne possède rien, qui ne peut vivre que grâce à ses enfants.
Jésus et la veuve du temple :
"Et s’étant assis devant la salle du trésor, Jésus regardait comment la foule déposait des pièces de bronze dans le trésor, et beaucoup de riches déposaient beaucoup. Une veuve, une mendiante, vint et déposa deux piécettes, ce qui fait un quart d’as. Jésus appela ses disciples et leur dit : “Amen je vous le dis : cette veuve mendiante a déposé plus que tous ceux qui déposent dans le trésor. Car tous ces gens déposent ce qui leur est superflu, tandis que celle-ci a pris de son indigence pour déposer tout ce qu’elle avait, sa vie tout entière".
A travers l’épisode le la Samaritaine, dans la Bible, Jésus se montre libre à l’égard des règles sociales, culturelles et religieuses de son époque qui interdisaient les contacts des juifs avec les samaritains et les rencontres publiques avec les femmes. Jésus adresse la parole à la samaritaine, mais en plus il lui offre le salut.
Jésus avec Marthe et Marie : Être disciple de Jésus, c’est choisir l’unique chose nécessaire : aimer le Seigneur de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force. Ce texte affirme qu’une femme peut être disciple du Christ exactement au même titre qu’un homme et non pas cantonnée au service des tables.
Près de la croix de Jésus se tenaient debout sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas et Marie de Magdala.
Au matin de Pâque, ce sont les femmes qui viennent embaumer le corps du Christ et à qui l’ange annonce sa résurrection.
Dans le récit de la Pentecôte, Marie se tient au milieu des disciples.
Jésus a choisi 12 apôtres, mais de nombreux disciples et femmes le « suivaient ». Ils et elles écoutent son enseignement.
Au début des premières communautés chrétiennes, certaines femmes en seront responsables.

Paul :

Quelques paroles ont pu faire penser à une certaine misogynie de Paul, mais il dit aussi que le message de Jésus bouleverse les relations entre les hommes et les femmes. Désormais, c’est dans le Christ que ces relations doivent être vécues : "Il n’y a ni juif, ni grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme ni femme. Car vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus". (Galates 3,28).

Histoire de l’Eglise Le rôle de la femme va évoluer

Dès la naissance de l’Église, on n’était pas capable à l’époque même de Jésus d’entendre l’idée qu’il fallait laisser une place aux femmes. Par la suite, au Moyen Âge et pendant la Renaissance, le pouvoir est resté aux mains des hommes.
Les responsabilités restent entre les mains des ministères, ceux qui sont ordonnés, et cela est réservé aux hommes.
Le célibat des prêtres va être interprété comme une défiance à l’égard des femmes. Comment un prêtre marié pourrait-il être totalement présent aux autres ?
La femme représente la tentation. Le risque est grand pour l’homme d’être détourné de sa vocation
Les femmes sont totalement exclues du gouvernement de l’Église.
Ce n’est que dans les congrégations religieuses féminines qu’elles peuvent exercer leur autonomie.
On verra malgré tout une Catherine de Sienne ou une Thérèse d’Avila de donner leur avis.


Aujourd’hui

La société évolue au cours surtout au XXème siècle.
Le droit de vote en France en 1944.
Jean XXIII en 1963, dans l’Encyclique Pacem In Terris relève les changements dans la société, la volonté d’indépendance des peuples, évoque l’entrée de la femme dans la vie publique. La femme exige qu’on la traite comme une personne.
Lors du Concile Gaudium Et Spes , les femmes réclament la parité de droit et de fait avec les hommes.
L’Église est le peuple de Dieu, de tous les baptisés. Le sacerdoce est celui de tous les fidèles.
La participation des laïcs se développe dans la vie de l’église.. On passe d’une « aide » aux prêtres à une pratique de la responsabilité dans la catéchèse. Beaucoup de services sont confiés à des laïcs, et donc aux femmes souvent plus disponibles. Mais on va leur confier des « taches féminines » , catéchèse des enfants, accueil au presbytère, entretien de l’église.
Difficile pour elles d’accéder aux conseils où sont prises les décisions.
Au Vatican, des femmes ont été recrutées dans des postes à responsabilités, mais pas dans les lieux de décision.
Le pape François dit que « le défi est de réfléchir à la place des femmes, là aussi où se prennent les décisions »

Résistances.

Les défenseurs « purs et durs » de la tradition ont peur de vers quoi on se dirige.
Freins à leur place : parents et prêtres au sujet de la présence de filles comme servants d’autel.
Certains groupes veulent "reviriliser" l’Église en créant des groupes exclusivement masculins
D’autres disent que du fait de leur nombre, les femmes sont trop visibles et c’est pour cela que l’église catholique a de la peine à s’imposer dans la société.
Le Cardinal Vingt-Trois a eu cette phrase : « Ce qui est plus difficile c’est d’avoir des femmes qui soient formées, le tout ce n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête. »

Lucetta Scaraffia, journaliste italienne à L’Osservatore Romano dénonce le comportement de certains prélats au Vatican vis-à-vis des femmes, les nonnes qui sont à leurs service, sans rémunération, sans horaire..

Comment, jusqu’où, pourquoi ?

Il faut tout faire pour faire évoluer la place de femmes.
Il faut réguler le pouvoir : ministère et pouvoir sont liés , les femmes peuvent-elles en être écartées ?

Bibliographie :

Lucetta Scaraffia, Du dernier rang. Les femmes et l’Eglise, éditions Salvator septembre 2016, 166 p
Anne Soupa et Christine Pedotti, Les Pieds dans le bénitier, Paris, Presses de la Renaissance, 2011, 269 p.
Anne Soupa, Dieu aime-t-il les femmes ?, Paris, Médiaspaul, septembre 2012,