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De Lorient à Port Louis : deux histoires, deux...

samedi 25 mai 2019, par Elyane Norvez

De Lorient à Port Louis : deux histoires, deux destins liés.

Les destins de ces deux villes du Morbihan sont étroitement liés par « la Compagnie des Indes ». C’est ce que Soazig Le Hénaff et Claude Chrétien vont nous démontrer au cours de la conférence abondamment illustrée d’images, de commentaires pertinents et de propos anecdotiques dont nous retiendrons, comme d’habitude, l’essentiel.
C’est Port-Louis la première. Elle bénéficie depuis le 16ème siècle de remparts protecteurs édifiés par les Espagnols. Suite à un conflit, ces remparts sont détruits par les Anglais (évidemment !) (il ne reste que 2 bastions) mais reconstruits au 17ème siècle par les Français.

L’intérêt évident de Port-Louis est sa position stratégique à l’entrée d’une rade dont le seul intérêt à l’époque est l’entrée du Blavet où on trouve Hennebont véritable port. La ville qui s’appelle encore Blavet, présente le double avantage d’être fortifiée et d’être une terre de marins. C’est ce qui va intéresser Jean-Baptiste Colbert, ministre de la mer (bien avant Jean-Yves Le Drian !) pour y créer la Compagnie des Indes. Port-Louis est un second choix mais Le Havre, siège actuel, devient problématique car trop proche de l’Angleterre. Le ministre Colbert décide de créer une compagnie pour le commerce vers les Indes. Le trafic maritime est un élément incontournable pour faire prévaloir de la suprématie d’un royaume. La création de la Compagnie des Indes permettra également de mettre hors la loi un trafic parallèle qui échappe aux règles et surtout aux taxes !. Mais l’intérêt se déplace vite vers le fond de la rade plus protégé, vierge de toute construction. Les autorités s’intéressent à un terrain entre le Scorff et le Blavet : les landes du Faouëdic, pour construire le nouveau port. Ce site s’appelle l’Enclos.
C’est en 1666 que la première installation se fait. C’est un lieu assez inhospitalier créé sur de la vase au fond de la rade. L’Enclos s’anime et devient une vraie fourmilière. Pour protéger la construction navale, on crée des remparts autour du chantier et les ouvriers s’installent à l’extérieur dans des conditions difficiles et dangereuses avec des risques d’incendie et d’insécurité. Le premier bateau, fleuron de la flotte s’appelle « Soleil de l’Orient » d’où viendra le nom de la ville. Il est construit entre 1666 et 1673. Désormais tous les bateaux vont être construits et armés à L’Orient. S’ensuivent des échanges qui vont rapporter gros. Les militaires s’installent à Port-Louis et jouent leur rôle de protection pour ce commerce qui s’avère très fructueux. La ville de l’Orient se développe au-delà de remparts de l’Enclos. Au début c’est un peu l’anarchie en dehors mais la ville se structure peu à peu autour de deux axes visibles encore aujourd’hui : l’un vers le Blavet l’autre vers Ploemeur. L’architecte Jacques Gabriel devient le premier architecte de la ville. C’est alors une ville de 6 000 habitants. L’autorité est la paroisse symbolisée par l’église saint Louis. Mais en fait c’est surtout la Compagnie des Indes qui fait autorité.
A côté de la construction navale qui attire beaucoup d’ouvriers, se crée un véritable commerce sur la ville d’où la construction d’un grand magasin de ventes. A partir de 1734 des grandes ventes vont y être organisées. On y vend des tissus, des épices, des porcelaines et autres produits provenant des contrées lointaines et qui attirent les chalands.
La ville se métamorphose. Lorient devient aussi importante que Saint Malo. La région s’enrichit mais les tensions sont permanentes. C’est un véritable coffre-fort.
En 1746 une incursion anglaise (encore !) faillit tout faire capoter, les Anglais arrivant en traître par Guidel après avoir contourné et évité Port-Louis. Mais c’est un échec dont personne ne sort glorieux. Cette situation crée évidemment des convoitises : la contrebande est importante et la Compagnie des Indes fait faillite en 1769 et entre dans le giron de l’Etat. S’installe alors la Marine de guerre et le commerce devient « libre ». Mais c’est la Révolution qui marque la véritable fin de la Compagnie.
Et pendant ce temps, Port-Louis a continué à jouer un rôle important. Les bateaux à l’abri de la citadelle y attendaient les vents favorables et au retour c’était le passage incontournable avec le contrôle règlementaire des marchandises.
Au 20ème siècle on a un peu oublié cet épisode glorieux de la Compagnie des Indes. Les historiens ne s’y intéresseront qu’après la 2ème guerre mondiale qui a détruit une grande partie de la ville. La reconstruction de la ville a permis aux historiens de se pencher sur cet épisode important de son histoire, d’y retrouver les traces et de réconcilier Lorient avec L’Orient.
Le Musée de Port-Louis naît d’une association créée en 1950. Une nouvelle ville renaît après ces épisodes douloureux grâce à la collectivité qui reprend les rênes. Des noms prestigieux retrouvent des couleurs. Des lieux de Lorient gardent les noms de grands personnages : Colbert pour le lycée construit dans les années 50, porte Gabriel entrée de l’arsenal, mais aussi rue du Port, le Péristyle, quelques bâtiments anciens dont on devine l’histoire glorieuse.
Nos deux conférenciers ont été très prolixes sur l’histoire de Lorient. Les auditeurs ont apprécié leur complémentarité et surtout leurs connaissances. Les deux heures de conférence, ponctuées de petites piques amicales entre les deux conférenciers, d’échanges parfois contradictoires (décidément, l’histoire n’est pas une science exacte !!), de bonne humeur communicative.
Déjeuner face à la plage avec en points de mire : la pointe de Gâvres, l’île de Groix, et la ville de Larmor Plage. Un déjeuner « maritime » où le dessert était un clin d’œil à notre journée de découverte.
Au cours de l’après-midi,

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la visite du musée de Port-Louis nous dévoile, des éléments caractéristiques de ce commerce si important. On va y retrouver des maquettes de bateaux dans la « salle des trésors d’océans », notamment celles de l’amiral Pâris. Nous découvrons aussi les instruments dédiés à la navigation : boussoles, cadrans, astrolabes, compas. Le technicien historien Claude Chrétien se montre aussi à l’aise sur les techniques de navigation. Des maquettes nous montent aussi ce qu’a été l’ambition des architectes pour développer le port et ses bâtiments dédiés à la confection et au commerce. Projet arrêté par la faillite de la compagnie. On apprend la rigueur d’une cargaison pour éviter les naufrages, les techniques de mise à l’eau. Nous découvrons aussi que les recherches sous- marines permettent encore, avec les techniques nouvelles, de retrouver encore des « trésors » sur des épaves. Et nous sommes évidemment ébloui(e)s par les richesses du commerce de la Compagnie des Indes : le coton indien, la mousseline dont les femmes vont raffoler, les tentures (impressionnant de pouvoir en admirer la conservation, des siècles plus tard !) les paravents de laque et différentes pièces de porcelaine propres à la culture chinoise qu’on adapte sur commande à la culture européenne, des coffrets de laque et de nacre, les pièces d’argent et d’or. On comprend mieux les convoitises qu’a pu engendrer cette activité.
Puis il nous guide sur les remparts. La vue se dégage de Gâvres à Larmor, puis en fond de rade, la ville de Lorient dite la ville aux cinq ports. De cet observatoire, nous comprenons bien le rôle joué par Port-Louis et sa citadelle protecteur du « coffre-fort que fût Lorient » pendant les années de gloire de la Compagnie des Indes …et même plus tard.
Madame de Sévigné , en visite à Port-Louis en août 1689, écrivait à sa fille « Nous allâmes dans un lieu qu’on appelle l’Orient à une lieue de la mer. C’est là qu’on reçoit les marchands et les marchandises qui viennent d’Orient. Nous revînmes le soir, avec le reflux de la mer, coucher à Hennebont par un temps délicieux ».
Nous, en ce 20mai 2019, nous sommes partis de Lorient vers Port-Louis, Nous avons passé une journée « délicieuse »

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et nous sommes revenus « avec le reflux de la mer » non à Hennebont… mais chacun de son côté en empruntant une voie dite « express » quelque peu encombrée.