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Journée de réflexion à Sainte Anne d’Auray le 21 mars 2013

vendredi 22 mars 2013, par Anne-Marie Kergourlay

Le Père Marivin a bien voulu nous donner le texte de son intervention

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Intervention ARECMO
Jeudi 21 mars 2013
« Enseignement catholique et nouvelle évangélisation »

Je suis heureux d’être avec vous ce matin pour traiter ensemble de la question du lien possible de l’Enseignement Catholique avec ce que nous appelons depuis peu la nouvelle évangélisation.
Je ferai cette réflexion à partir de mes 10 ans d’accompagnement des établissements catholiques de notre diocèse, de ce que j’ai pu écouter, constater et percevoir tout au long de ces années et avec vous je tenterai aussi de discerner les enjeux essentiels qui devront animer nos communautés éducatives pour les années à venir.

Je vous propose une intervention en 3 points :

Pour bien comprendre l’Enseignement Catholique et ses problématiques actuelles, il nous faut regarder de plus près dans quel monde nous vivons. Dans quel monde vivent les enfants, les jeunes, les familles qui frappent à la porte de nos établissements ? Ce sera mon premier point.

Ensuite, nous tenterons de redéfinir ensemble ce qu’est la grande et belle Tradition éducative de l’Enseignement Catholique car vous le savez mieux que moi, vous les retraités de l’Enseignement, l’histoire éclaire le présent !

Enfin, dans une troisième partie, nous esquisserons ensemble la polyphonie du métier d’enseignant, d’éducateur et l’enjeu de la nouvelle évangélisation

1. Dans quel monde vivons-nous ?

« Dieu a tellement aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique, non pas pour condamner ce monde, mais pour que par lui, ce monde soit sauvé »…

Invités à aimer le monde dans lequel nous vivons, nous sommes aussi invités à analyser ce qui bouge, les grandes mutations humaines et anthropologiques qui peuvent avoir des incidences sur la manière aujourd’hui de vivre la classe que ce soit en 1er ou en 2nd degré.

Tout d’abord, le rapport au temps…
Le temps qui pour la plupart d’entre nous est structurant est aujourd’hui bousculé.
Aujourd’hui, tout ou presque est réduit à l’instant, à l’immédiateté.
Beaucoup de nos contemporains vivent et réagissent à l’émotion qui parfois est bien loin du raisonnement et du discernement.

Dans un monde, où le numérique est un peu le nouveau roi, où tout s’effectue devant un ordinateur (sur l’écran et sur internet, tout se vaut, tout est permis et quand tout est permis, rien n’est finalement possible…), où l’on dégaine son portable pour envoyer un SMS n’importe où, n’importe comment, où l’on travaille en temps réel (on veut la réponse tout de suite et dans l’instant), on peut se demander comment aujourd’hui éduquer un jeune à un véritable rapport à son histoire ? Quel rapport à son histoire et à son avenir ? Tout est fait pour satisfaire ses désirs dans le moment présent.

Alors qu’au 16ème siècle, Ignace de Loyola envoyait un courrier à François Xavier au Japon, cela mettait 1an ½ pour que le courrier arrive, aujourd’hui, le rapport au temps est très compressé… On peut presque dire que le numérique a tué le temps…
Au moment où la société ne donne guère d’indices positifs pour l’avenir d’un jeune, il y a un risque de se réfugier dans l’instant présent (l’immédiateté), dans la relation rapide et parfois virtuelle.
Et ce sont ces jeunes que nous scolarisons.
Quid alors de la « question de l’émerveillement »…
(Dans un monde agité et éparpillé qui oublie le sens de la temporalité, l’école doit apprendre à harmoniser le temps, à devenir ami du temps, à acquérir la sagesse du temps et l’écologie du temps – semaine des 4 jours – semaine des 4 jours ½)

Et cela de fait a des conséquences sur le sens du travail, de l’effort, dans une durée.
Le rapport au projet du jeune devient alors compliqué : Vous posez la question à un adolescent de savoir ce qu’il va faire à 14 h alors qu’il n’est que midi… Il ne sait pas vous répondre (il attend un SMS et le projet peut changer 3 fois en quelques minutes) alors quid d’un éventuel projet d’études ou professionnel (Tu veux faire quoi après le Bac + 3)…

Ensuite, le rapport à l’espace :

Aujourd’hui, un jeune doit se préparer à une grande mobilité géographique et à changer de travail plusieurs fois dans son existence. Nous sommes dans un monde ouvert et sans frontières. Il faut être solide dans son identité. Comment aujourd’hui y préparer les jeunes ?

Enfin, le rapport à l’identité, à soi-même :

Et là, j’ai envie de vous faire sourire et de vous parler de Loft Story des années 2000. Non pas le moment où l’on voit Loana embrasser langoureusement un jeune homme dans la piscine mais la première émission où on entre dans un confessionnal pour dire tout le bien où le mal que l’on pense de soi et surtout des autres.
Le rapport entre l’intimité et l’extimité.
Aujourd’hui, le privé peut intervenir dans la sphère publique.
Un jeune seul devant un écran (Google qui donne l’illusion de tout savoir ; facebook : l’illusion que tout le monde est ami ; le blog ou You tube : l’illusion d’être vu ou lu ; Meetic ou Second life : l’illusion d’être un autre, un pseudo ou un avatar). On raconte tout, le journal intime s’étale sur facebook…
Comment aujourd’hui éduquer un jeune et le former à la pudeur, à l’intimité, à l’intériorité ?
L’éducateur doit encourager le jeune à découvrir la positivité de son désir, qui est au fond un désir de vivre, à entrer dans une dynamique valorisante de la construction de soi.

S’il est une chance de vivre avec le numérique, d’être en réseaux, il faut apprendre à nos jeunes à distinguer ce qui relève du champ intime, privé et ce qui peut être dit, nommé et publié de leur vie.

Trop rapidement, sans doute, nous avons évoqué ce monde qui bouge.
Dans ce monde en mutation, quid maintenant de la Tradition éducative, de notre tradition éducative.

2. La Tradition éducative

Depuis toujours, l’Eglise est dans sa nature même éducatrice.
La passion d’éduquer est la raison d’être de l’école de l’Eglise.
L’Eglise est là pour annoncer la Bonne Nouvelle du Christ, elle n’agit toujours que « pour la gloire de Dieu et le salut du monde », comme le dit la liturgie, c’est-à-dire au service du Royaume qui vient.
A la lumière du Concile Vatican II, l’Eglise se présente au service des hommes de ce temps parce que, dit Gaudium et spes dans son introduction, « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur » (GS 1). lien
D’un point de vue fondamental en ecclésiologie, le service des hommes de ce temps n’est pas une option mais appartient au cœur de la foi car l’Eglise a pour mission d’être signe et moyen de la communion avec Dieu et de l’unité du genre humain (LG 1 et 2).lien

Puisque nous savons que l’Ecole catholique est une structure de l’Eglise, alors nous pouvons entendre ici que la nouveauté de l’Evangile se joue au service de l’humanité, de l’homme dans nos établissements comme il se joue aussi dans l’annonce explicite de l’Evangile.
Faut-il citer ici un autre passage du Concile Vatican II dans « Gravissimus educationis : « A ses enfants, l’Eglise est donc tenue, comme Mère, d’assurer l’éducation qui inspirera toute leur vie de l’Esprit du Christ ; en même temps elle s’offre à travailler avec tous les hommes pour promouvoir la personne humaine dans sa perfection, ainsi que pour assurer le bien de la société terrestre et la construction d’un monde toujours plus humain ».

Pour résumer : « La promotion de la personne humaine est le but de l’école catholique ».

Depuis tout temps, l’Eglise, entre autres par les congrégations, s’est toujours préoccupée dans l’enseignement catholique, de la croissance de chacun dans son humanité.
Le travail de l’enseignant est de faire que l’humanité advienne en chacun, une humanité éclairée par le Christ, respectant chacun dans son corps, son cœur, son âme et son esprit.
L’école catholique est là pour accueillir le don d’une vie et accompagner ce travail d’éducation. La croissance, la dignité sont accompagnées par ce processus éducatif.

C’est quoi une personne humaine ?

Le mot « personne » nous vient du patrimoine chrétien.
Elle est porteuse d’une identité : « Je suis »
La personne humaine a une capacité (le langage, les mots, prendre la parole en son nom) d’habiter une parole qui la structure peu à peu.
La personne humaine est un mystère. Pour un enfant, un jeune, c’est se faire proche de ceux qui l’éduquent, dans une juste relation, une juste distance entre indifférenciation et fusion.
Former une personne humaine à l’école, c’est favoriser son épanouissement personnel, non pas contre l’autre mais avec l’autre…
« Risquer la personne humaine comme un être en devenir, fragile et relié ». Assises de l’EC. lien

Dans l’Enseignement Catholique, il nous faut trouver des repères structurants à proposer pour faire grandir la personne humaine. Et là, il nous faut contempler le Christ, le Christ éducateur, pédagogue qui proclame dans la Nouvelle Alliance l’égale dignité de toute personne humaine (Zachée, la femme adultère).
Egale dignité et non pas l’égalitarisme (il faut faire appel ici à la pédagogie différenciée).
Le christianisme est la religion de l’incarnation, c’est-à-dire de la foi au Verbe fait chair et de la résurrection de la chair.

Promouvoir la personne humaine dans la liberté des enfants de Dieu, non pas dans une liberté qui serait licence ou caprice mais une liberté qui inscrit chaque jeune dans un rapport ajusté à son histoire, dans une capacité à un véritable discernement dans ses propres choix au cœur d’un monde libéral, consumériste et médiatique. On ne peut réellement éduquer sans repères et pour l’éducateur sans prendre et autoriser la parole.

L’enseignement catholique promeut un projet éducatif référé à l’Evangile, à la Parole de Dieu. Vous le savez comme moi, on ne peut parler de Dieu sans parler de l’homme.
La Bible nous raconte l’histoire d’un Peuple avec son Dieu, une histoire d’alliance d’un Peuple avec son Dieu, un Peuple qui a son histoire, son histoire sainte. C’est un récit daté, à une époque précise dans un contexte précis.
L’Evangile, dans la nouvelle alliance, nous donne une vision de la personne humaine.
Pour comprendre, il nous faut nous arrêter sur la figure du Christ éducateur, regarder Jésus et ses disciples, Jésus étant pour nous aujourd’hui la figure du maître et les disciples le visage des disciples.

Je vous propose 3 pistes :

APPEL – ACCOMPAGNEMENT et l’ENVOI

Si nous avions le temps, nous irons lire l’appel des premiers apôtres dans l’Evangile de Saint Marc.
Ils sont devenus disciples parce que Jésus est venu les appeler, les chercher. Ce n’est pas un appel à la cantonade. Jésus a prié son Père, sur la Montagne, de nuit, avant de les appeler.
Il les appelle par leur prénom : 1er geste éducatif !
Les Apôtres se situent dans leur histoire. Sur la parole du Christ, ils vont quitter leur réalité pour suivre et accompagner le Christ sur le chemin qui mènera à Jérusalem.
Jésus fait un premier travail d’évaluation : il reconnait ce que l’autre sait faire.
Il valorise ce qui est déjà acquis. Mais il va plus loin…
Vous êtes pécheurs… Parce que vous savez des choses, vous vivez l’intelligence du cœur, je vous vous emmener plus loin… « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ».
Faire du neuf, du nouveau, du compétent : pêcheurs d’hommes.
Le christ appelle, il met en projet… Il fait confiance…
L’école catholique : lieu de la confiance et de l’identification des charismes, des potentialités, des créativités des enfants et des jeunes confiés.
(Croire au jeune, à ses possibles, c’est ne jamais désespérer de lui, ni de ses échecs, c’est insister sur les gains obtenus plus que sur les échecs constatés).

ACCOMPAGNEMENT
Lc 24, les pèlerins d’Emmaüs… Un véritable traité de pédagogie.
Jésus arrive derrière les disciples. Il écoute. Il questionne (Même si on sait, on pose la question : mettre l’autre en récit). Il enseigne.
Aujourd’hui, l’art de l’éducateur : je rejoins, j’écoute, je questionne (je donne à l’autre l’occasion de faire le récit de sa vie), j’enseigne puis je m’efface.
L’éducateur ne peut être indispensable.
Il faut favoriser dans l’éducation la responsabilisation et l’autonomie

ENVOI
Jésus n’attend pas que les disciples aient tout compris pour les envoyer en mission.
C’est en rendant responsables que l’on peut progresser.

3. La polyphonie du métier d’enseignant et la nouvelle évangélisation

A partir de ce que j’ai pu vous dire jusqu’à maintenant, il faut noter qu’un double défini justifie la nouvelle évangélisation dans l’EC au cœur de l’Eglise : Un défi « externe » : l’urgence d’une nouvelle annonce de la foi, d’une vision chrétienne de l’homme au cœur même des apprentissages dans un contexte de sécularisme, de relativisme et de perte de mémoire chrétienne. Un défi « interne » : l’exigence pour l’EC de retrouver sans cesse son identité et sa structure missionnaire.
Relever ce double défi, anthropologique et missionnaire, exigence au cœur des établissements la présence d’une communauté chrétienne, centrée sur le Christ et qui témoigne de la joie de croire.

Les enseignants, nous l’avons compris, sont appelés de plus en plus, à être des guides qui orientent et donnent des repères, dans la Confiance et la Bienveillance.

2 mots encore ici :

TRANSMETTRE : une culture à l’école. C’est par la culture que l’homme devient homme.
Réinstaller le jeune dans le sens d’une histoire positive, d’une construction de sa personnalité.
Lui apprendre l’analyse critique positive dans la vie et travailler avec lui sur la question des origines, du devenir de l’être humain, de la violence et de l’amour, de la souffrance et de la mort.
Transmettre, mais pas que de l’utile-utilitaire, mais un certain art de vivre.
Tout jeune comprend le comment mais a-t-il saisi le pourquoi ?
Pourquoi suis-je venu au monde ? Quel sens a ma vie ?
Le grand défi de l’EC va être de relier la question anthropologique aux apprentissages scolaires à l’aune de la Bonne Nouvelle du Christ.
Le lien science et foi, la culture et la foi.
Comment enseigner l’histoire, le français, les SVT (théorie du genre, liens nature – culture) en raisonnance avec notre contribution originale portée par la Bonne Nouvelle du Christ ?
Comment vivre notre appartenance à l’EC, à ses valeurs dont la source est le Christ et respecter notre contrat avec l’Etat ?
Comment conjuguer liberté et intériorité ?
Comment installer la gratuité au cœur même des apprentissages scolaires ?
Comment aujourd’hui attirer des jeunes qui acceptent de devenir enseignants/éducateurs ?
A vue humaine, le métier semble dévalorisé, compliqué, hors de portée.
Les réformes successives de la formation initiale n’arrangent rien !
Comment donner du goût aux entrants dans le métier ?
Comment « recruter » aujourd’hui des chrétiens qui veulent bien s’investir dans le champ éducatif de l’Eglise ?

2. ANNONCER Jésus-Christ

« Evangéliser en éduquant. Eduquer en évangélisant ». Dom Bosco.
Les parents sont les premiers responsables de l’éducation humaine et chrétienne de leurs enfants.
Dans un contexte sociétal peu ami avec la question de Dieu, nous croyons que la personne humaine a besoin d’être sollicitée pour croire.
On ne forme pas des libertés dans le mutisme.
Il faut dire et dire ce qui nous fait vivre (Ste Bernadette)
L’enseignement catholique doit proposer à tous la Bonne Nouvelle du Christ.
La Bonne Nouvelle est toujours neuve, dans l’aujourd’hui de Dieu.

Quelques pistes :
. Solliciter l’engagement dans le domaine de la solidarité, de l’éducation, de l’action missionnaire ;
. Présenter la radicalité de la vie chrétienne (catéchèse, première annonce, catéchuménat) ;
. Articuler la pastorale évènementielle avec une pastorale de la durée ;
. Promouvoir une pastorale en direction des arts et de la culture.
Chez les jeunes, la représentation du collectif passe beaucoup par l’émotion, la symbolique, l’intuitif, la création artistique, les nouveaux langages, le ludique.
D’où l’importance du beau. La foi doit offrir aux jeunes un espace de créativité, d’imagination personnelle et collective.
. Un nouveau langage :
Malgré les apparences, la soif de Dieu habite toujours le cœur de l’homme avec l’aspiration au bonheur. Il y a urgence de promouvoir une reformulation du langage chrétien qui, sans dénaturer le credo, puisse s’adapter aux nouvelles expressions de la culture.
Il revient aux éducateurs l’impérieux devoir de trouver le langage adapté alors que l’analphabétisme religieux gagne du terrain.
Je crois que le Pape François l’a fort bien compris !

CONCLUSION :

L’Enseignement Catholique est un miracle permanent !

Père Marivin

Quelques titres de livres peuvent accompagner notre réflexion :

« A quoi sert l’école catholique : sa mission d’évangélisation dans la société actuelle » - François MOOG – Bayard – 2012

. « Urgence éducative : l’école catholique en débat » - Mgr Dominique REY – Salvator – 2010

. « Comment parler de Dieu aujourd’hui ? » - Fabrice HADJADJ – Salvator – 2012

. « La joie de la foi » - Benoit XVI – Médiaspaul – 2012

. « Paroisses, réveillez-vous ! Au défi de la nouvelle évangélisation » - Mgr Dominique REY – Editions de l’Emmanuel – 2012

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