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Hauts-de-France septembre 2022

lundi 24 octobre 2022, par Brigitte Bellec, Marie-Jo Le Goff

ESCAPADE DANS LES HAUTS-DE-FRANCE du 12 au 15 septembre 2022

Le soleil n’était pas encore levé que, déjà des véhicules franchissaient le portail du Vincin à VANNES, ce lundi 12 septembre. Départ à 5 heures 45 vers RENNES où Louis, chauffeur-accompagnateur des 41 Arecmistes, prend les commandes du car et conduit le groupe, sous la houlette d’Armelle, vers la Normandie via l’autoroute des estuaires.

Lundi 12 septembre : HONFLEUR, port de pêche, de commerce et de plaisance, situé sur l’estuaire de la Seine est la première étape. Ici, d’immenses péniches ou paquebots de longueur impressionnante attendent des croisiéristes.

Quel contraste avec les petites et hautes maisons authentiques du XVI au XVIII siècles, construites sur les quais ! La ville, également appelée « cité des peintres », a inspiré de nombreux artistes impressionnistes, dont Claude MONET... Une promenade et une halte à l’église Sainte Catherine, classée monument historique, nous permet de découvrir la plus grande église de France construite en bois, avec un clocher séparé qui rappelle certains campaniles italiens. L’église qui fut incendiée, puis reconstruite au XV siècle par les habitants, est recouverte de bardeaux de châtaignier et sa voûte a la forme d’une coque de bateau renversée.

Après la pause-déjeuner et dégustation de : « la ficelle honfleuraise », spécialité locale, les Bretons poursuivent leur périple vers AMIENS, capitale de la Picardie, bien connue pour sa cathédrale gothique dont la visite est prévue au retour.

En raison du lever matinal, une bouffée d’oxygène pour tous grâce à une promenade en barques électriques à cornet et à fond plat, au cœur des « Hortillonnages » où faune et flore sont variées. A l’heure des défis climatiques et écologiques, au centre d’AMIENS, surnommée la « petite Venise du Nord », est préservé un espace de 300 hectares de jardins flottants entrecoupés de cours d’eau. Ces « rieux », serpentent sur 65 kilomètres entre les 170 jardins : d’anciens maraîchages où les « hortillons » s’adonnaient à l’extraction de la tourbe et cultivent encore les légumes dans la terre noire et fertile ; l’entretien des berges, de plus en plus couteux, est indispensable...

Ragaillardis par cette promenade hors des sentiers battus, les voyageurs s’installent à l’hôtel avant le dîner à POULAINVILLE.

Mardi 13 septembre : Départ vers ROUBAIX pour la visite de LA PISCINE : vaste bâtiment Art déco qui, jadis, abritait l’ancienne piscine conçue par l’architecte BAERT sous la mandature de Jean-Baptiste LEBAS, maire dès 1912. ROUBAIX, « la ville aux 1000 cheminées », (313 en réalité), connaît son apogée après 1911. En raison de l’arrivée d’une main d’œuvre importante vivant dans de petites maisons insalubres, sans eau ni électricité, le maire fit construire des bâtiments plus grands et releva le niveau d’hygiène de sa ville pendant ses 32 années de mandat. Pour lutter contre les maladies (choléra, tuberculose ...), il ouvrit un centre de soins et une piscine. Le bâtiment dont les colonnades de l’entrée rappellent les thermes romains, fut financé par la mairie. L’entrée était payante et équivalait à une journée de travail : les grands industriels furent donc incités à donner des billets d’entrée gratuits.

A partir de 1936, les congés payés instaurés sous le Front Populaire permirent une plus grande fréquentation de la piscine. Des salles de bain furent aménagées : 50 pour les hommes au premier niveau, surélevé par rapport à la rue et 49 à l’étage pour les femmes, avec baignoire en faïence. Les personnes recevaient 1 savon, 1 serviette et l’eau était chauffée et traitée (chlore). J-B LEBAS créa aussi un grand bassin mais celui-ci ne put être homologué « piscine olympique » car mesurait 49,80 m de long et non 50 mètres. Cabines de douche, double plongeoir furent également installés dès 1935.

Le bâtiment, inauguré en octobre 1932, fermera en 1985 car, à compter des années 1960, des salles bains sont installées dans les maisons. La mémoire collective attachée à cet endroit de ROUBAIX poussa le maire, André DILIGENT, à le transformer en musée et ce fut un succès encore lisible dans le regard émerveillé des milliers de visiteurs qui franchissent les portes. Les collections du musée se répartissent en trois parties :
1) collections du musée de la ville, lequel a fermé en 1945 ;
2) legs ou dons de leurs collections personnelles par les grands industriels (1920-1930) ;
3) achats de la Ville de ROUBAIX depuis 2001.

Les salles sont monographiques : un seul artiste par salle. Nous nous arrêtons devant L’Assassinat de MARAT, une peinture de WEERTS : Laurine, notre guide, nous fait découvrir un parfum inspiré par le tableau, l’idée est de traduire une œuvre d’art en sensations olfactives. Nous continuons vers la salle où sont exposées les œuvres de Rémi COGGHE, peintre qui aime montrer la vraie vie du peuple et la mixité des classes sociales. Dans Le Combat de Coqs l’artiste représente une tradition du Nord de la France et de la Belgique : nous renouvelons l’expérience avec un parfum différent.

Avant de partir, nous prenons le temps d’admirer la sculpture de Camille CLAUDEL : La Petite Châtelaine (1895 -1896), buste d’enfant sculpté directement sur le marbre, corps évidé pour devenir un piège à lumière, cheveux entrelacés : une œuvre magnifique et certainement le chef d’œuvre des collections de la Piscine.

Merci à Laurine de nous avoir « embarqués » et de nous avoir émerveillés une heure avant la soutenance de sa thèse.

Déjeuner et départ pour LILLE. Visite guidée et commentée du vieux LILLE, ville née au Moyen-âge avec l’eau : « L’Isle » se développe près de la Deûle et fait partie du comté de Flandre, puis sera rattachée à la Bourgogne, à l’empire romain germanique et aux Pays-Bas espagnols avant de redevenir française sous Louis XIV. Au cours des siècles, LILLE se développe rapidement car connaît un afflux de populations ouvrières, les fortifications s’ouvrent donc pour agrandir la ville ... C’est aujourd’hui une grande métropole qui compte + 100 000 étudiants.

Nous plongeons dans la riche histoire de cette capitale des Flandres en sillonnant les rues : du Palais RIHOUR, nous marchons vers la Grand’ Place, ou Place du Général de GAULLE (né à LILLE), puis rue de la Monnaie, l’ancienne Bourse : l’édifice le plus emblématique de LILLE, la nouvelle Bourse (1925) de style néo-régionaliste (briques et pierre sculptée). Puis, sur notre chemin, l’Opéra qui s’inspire de l’Opéra de PARIS, la chambre de Commerce et d’Industrie ... Plus loin, le Rang du Beauregard ou le Rang franco - lillois et ses 14 maisons identiques ... Au bout de la rue de La Grande Chaussée, L’Huîtrière, de style Art déco, autrefois plus belle poissonnerie de LILLE, attire nos regards ; achetée par le groupe Louis VUITTON, l’ancien temple de la gastronomie est désormais un écrin de luxe, sur deux niveaux ... La visite se poursuit par la Place Louise de BETTIGNIES et ses très belles maisons à arcatures de style renaissance flamande.

LILLE, ville très riche n’a toujours pas de cathédrale au XIX siècle car n’a pas d’évêque... ce n’est qu’en 1913 que le Pape scinde le diocèse de Cambrai en deux pour créer le diocèse de LILLE. Notre-Dame-de-la Treille, d’abord église puis basilique devient cathédrale. Les travaux de cet édifice ne seront jamais terminés ; ce n’est que dans les années 1980 que le projet d’une façade de style sobre et contemporain, avec arcs ogivaux, renouant avec le style gothique, est retenu...

La façade est en marbre rose du Portugal sur lequel est posé un arc métallique en forme de poisson ; l’œil : la rosace de KIJNO, de 6,50 m de diamètre. Le portail a la forme d’une treille monumentale qui soutient la statue de la Vierge et sur la treille des créatures humaines en bronze de JEANCLOS. Curieuse architecture à l’extérieur, mais une luminosité grandiose du fait de la translucidité du marbre et de la rosace surprend les visiteurs à l’intérieur. Cette visite clôture la journée ; installation à l’hôtel IBIS, près de la Gare de LILLE-FLANDRES et dîner « très copieux » dans une brasserie.

Mercredi 14 septembre  : Marche matinale vers l’Hospice Comtesse, musée d’ethnographie et de folklore dans un ancien hôpital où se tient l’exposition : Le serpent cosmique.

Tout part du livre de l’anthropologue Jeremy NARBY qui fait un constat sans appel : les chamans ont tous un point commun et représentent, depuis des millénaires, sous la forme de deux serpents entrelacés, la double hélice de l’ADN que les scientifiques n’ont découvert qu’en 1953... Des artistes du monde entier, d’époques différentes exposent une quarantaine de pièces hétérogènes, des curiosités qui proposent une lecture nouvelle de l’aventure de l’homme en lien avec la nature.

L’hospice fondé par Jeanne de FLANDRE comporte également le bâtiment de la communauté religieuse des Augustines ; au rez-de-chaussée, la salle à manger, la cuisine dont les murs sont couverts de faïence lilloise, le dortoir, l’infirmerie ou pharmacie, la lingerie et le bureau de la prieure. Les meubles et les objets permettent de recréer et d’imaginer l’atmosphère de l’époque.

Après le déjeuner, départ pour la visite du plus grand musée de la mine en France : le centre historique minier de LEWARDE au cœur du bassin minier Installé sur l’ancienne Fosse Delloye, sur un site de 8 ha regroupant un ensemble de bâtiments de 8 000 m2 où travaillaient en 3 X 8 environ 1000 mineurs de 1931 à 1971. Après la seconde guerre mondiale, l’état nationalisa toutes les mines françaises.

Accompagnés par Geoffroy, nous traversons la salle des machines où sont entreposées les berlines chargées de 600 Kg de charbon, puis la salle de triage où les roches déversées sur le tapis roulant, étaient triées par des jeunes femmes et des galibots qui travaillaient sans gants ni masques. Les déchets formaient des terrils.

Nous pénétrons ensuite dans la cage d’ascenseur où devaient s’entasser 25 mineurs ou 4 berlines et arrivons dans les entrailles de la mine : les galeries. L’étayage des trous de 1 m de hauteur se faisait avec du bois de sapin ... Les mineurs se servaient de la pioche ou pic et de la hache. A partir des années 1950, des outils plus puissants et plus performants, mais plus lourds : marteau piqueur et marteau perforateur remplacèrent la pioche et le pic...Dans une galerie, nous croisons Bijou, cheval Ardennais qui devait tirer 12 berlines par jour. Les chevaux furent remplacés vers 1960, par des trains électriques ou à moteur diesel.

Les mineurs travaillaient 8 heures par jour, une pause de 20 minutes, à partir de 1919 ; ils portaient une tenue inadaptée : espadrilles et chapeau en cuir. Casques, gants et premières chaussures de sécurité sont fournis vers 1950. Les conditions de travail étaient extrêmement difficiles pour ces ouvriers, payés à la berline et à la quinzaine. Une cinquantaine d’accidents graves déclarés sont à déplorer ; beaucoup de mineurs mouraient jeunes de la silicose due à l’inhalation de grandes quantités de charbon... La fermeture de la mine est envisagée en 1971 : 80 000 Marocains furent recrutés pour fermer les mines.

Le site, chargé d’histoire a été bien aménagé et permet de conserver la mémoire de la mine. En sortant, nous traversons la « salle des pendus » où les vêtements sont suspendus, la lampisterie où sont entreposées les lampes, l’infirmerie, les bureaux administratifs du comptable, du géomètre, ou du délégué-mineur ...

Les paysages et les terrils défilent lors du retour vers LILLE et l’hôtel ... Dîner à la brasserie avec au menu, un plat typique « le Welsh » ; le serveur tentera, en vain, le grand show pour épater les Bretons et leur souhaiter « Bienvenue chez les Ch’tis ».

Jeudi 15 septembre : L’échappée nordique se poursuit dans le bassin minier, heurté par la fin de son histoire industrielle. Le musée LOUVRE-LENS, implanté au cœur d’une région sinistrée, nous ouvre grand ses portes ; ce musée, dont la construction a été décidée par Jacques CHIRAC, sous l’impulsion de Daniel PERCHERON (ancien président de région) qui a pour ambition de tirer le territoire vers le haut, est d’abord considéré comme un ovni. Parmi les 114 projets, celui conçu par l’agence japonaise Sanaa est retenu par Henri LOYRETTE, président du Louvre. Le bâtiment plain-pied en béton, verre et aluminium, de haute qualité environnementale, construit sur un immense site industriel désaffecté (20 000 m2 environ) proche du centre ville, reflète le paysage alentour et s’y intègre.

A l’intérieur, en pénétrant dans la Galerie du Temps, les visiteurs sont un peu déroutés car, dans cet espace décloisonné, de 3 000 m2 sur 120 mètres de long en légère déclivité, ils se trouvent face à 5000 ans d’histoire de l’art. Les œuvres sont exposées en échelles de contemporanéité : une chronologie gravée dans l’aluminium, véritable colonne vertébrale du parcours se déploie sur le mur latéral droit et permet de se repérer dans le temps.

La Galerie du Temps présente plus de 200 pièces régulièrement renouvelées, (à l’exception de 70 qui y restent à demeure), deux expositions temporaires de 3 mois par an se succèdent. A l’entrée, une œuvre contemporaine de Pascal CONVERT : fresque photographique évoquant les bouddhas afghans de Bâmyân... Puis, déambulant de la Mésopotamie, à la Grèce, à l’Egypte ... nous marquons un arrêt devant Hermaphrodite ... puis devant la Vierge Triste de BOTTICELLI, avant d’admirer l’œuvre de RUBENS : Le Mythe de Suzanne ou Bonaparte franchissant les Alpes, de DELAROCHE ... Mission réussie pour notre passionnante guide, doctorante, qui nous a enthousiasmés et grâce à qui nous nous sommes appropriés la Galerie du Temps.

Le Louvre-Lens fête ses 10 ans en 2022 et cet anniversaire, en présence d’Emmanuel MACRON et du président de région, Xavier BERTRAND, a été marqué en février, par l’arrivée du Scribe accroupi, chef d’œuvre de l’Egypte antique, prêté jusqu’à la fin de l’année.

Le pari de tirer le territoire vers le haut par la culture a été réussi car Marie LAVANDIER, directrice a, dès le début créé de nombreux partenariats, avec les écoles, les universités, les hôpitaux, les entreprises ... afin de faire naître des générations LOUVRE-LENS.

Après le déjeuner à LENS, le car reprend la route vers AMIENS pour une visite de la cathédrale, chef d’œuvre de l’art gothique français, remarquable par son architecture due à la rapidité de sa construction entre 1220 et 1288. Plus vaste église de France, avec un volume du double de celui de Notre-Dame de PARIS, une flèche de 112 mètres de haut, trois portails sculptés et une grande rose occidentale de 13 m de diamètre. A l’intérieur une hauteur de 42,3 mètres sous voûte, un labyrinthe long de 234 mètres des gisants de bronze du XIII siècle et des chefs d’œuvre tels que les 110 stalles de bois sculpté, l’ange pleureur ou la Vierge dorée éblouissent les visiteurs. Notre-Dame d’AMIENS, qui a célébré ses 800 ans en 2020, est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1981.

Ainsi, avec cette visite trop brève, s’achève notre escapade dans les Hauts-de-France, par un temps clément : ni chaleur torride ni pluie (sauf quelques gouttes à LILLE), contrairement aux prévisions météorologiques ... Sur l’autoroute, un contrôle inopiné des cars RSE (réglementation sécurité européenne) retarde notre retour dans le Morbihan : ouf, tout est conforme ! Merci à Louis pour sa vigilance. La nuit sera un peu courte, mais tant pis ... déjà vendredi 16 septembre.

Nous remercions aussi Armelle pour avoir concocté ce programme et nous avoir permis de faire un agréable voyage, de mieux connaître ou de découvrir le pays des Ch’tis et comme ils disent là-bas : « Merci eun’mass ... A l’arvoïure ! »

Georges Chapel a illustré le document avec d’autres photos :

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